La France peut-elle rester dans le jeu ?

Dette abyssale, inégalités, tensions sur le marché du travail, systèmes de protection sociale en grande difficulté, déclassement de notre système éducatif, perte de compétitivité et d’influence sur la scène géopolitique…  La France, au cœur de l’Europe, fait face à des défis multiples, qui suscitent une attention particulière de la part de la communauté internationale. Les réformes structurelles, nécessaires pour redresser le pays, sont régulièrement évoquées, mais toujours retardées. Pourtant, il y a urgence ! La France saura-t-elle enfin faire les choix nécessaires pour redresser la barre et retrouver toute sa place dans le concert des nations ? Surtout, les Français sont-ils prêts à supporter les efforts nécessaires ? A l’approche des prochaines échéances électorales, les responsables politiques sauront-ils les convaincre, sans artifices, ni complaisance ? Et peut-on attendre encore deux ans avant de vraiment changer de trajectoire ou sommes-nous dans le « money time » ?

Quand les difficultés s’accumulent

La France ne cesse de décrocher. L’économie française est désormais reléguée au 7e rang mondial. La croissance est au plus bas, les faillites d’entreprises s’envolent et la réindustrialisation tarde à se concrétiser. Le déficit commercial atteint 81 milliards d’euros, la France n’est qu’au 24ème rang pour la richesse par habitant et le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ne cesse de progresser. A cela s’ajoute la faillite de l’Etat-providence, avec un système de santé et système éducatif de moins en moins efficients, un déficit croissant de nos régimes de retraite. Sur le plan social, on note une montée des inégalités et un fossé qui se creuse entre les métropoles et les zones rurales ou périurbaines, avec un sentiment de non-représentation et de frustration des classes populaires face à un gouvernement jugé éloigné de leurs préoccupations. Comme si tout cela ne suffisait pas, la dette publique explose. Elle atteignait fin 2024 3305,3 milliards d’euros, soit 113.2 % du PIB selon le baromètre Elabe. Le service de la dette représente de ce fait une part importante du budget de l’État, ce qui prive d’autres secteurs essentiels (éducation, santé, infrastructure) des ressources nécessaires à leur développement. Et tout cela sans compter sur la nécessaire adaptation au changement climatique, qui impacte de plus en plus le pays, comme en témoigne l’épisode caniculaire de juin dernier. Atteindre, comme promis, la neutralité carbone d’ici 2050 va demander des investissements colossaux.

On le voit, tous les clignotants sont au rouge, les problèmes de la France sont multiples et interconnectés et ne pourront être résolus sans des réformes audacieuses et courageuses dans des domaines essentiels comme l’emploi, la fiscalité, l’éducation, la transition écologique et la solidarité sociale. La France doit également surmonter une crise de confiance qui paralyse son système politique et ses institutions. Répondre à ces défis avec efficacité est devenu crucial.

Urgences économiques…

Alors, comment faire rebondir la France ? Comment organiser le financement de l’économie face à un endettement massif ? Comment rendre nos entreprises plus compétitives ? Comment contrôler l’inflation et redonner du pouvoir d’achat ? Comment apaiser les tensions sociales ? Dans le contexte d’incertitudes géopolitiques et économiques mondiales actuel, la réponse n’est pas simple et la tentation peut être grande de naviguer à vue ! Pourtant ce n’est pas la solution. Certes, la question de la dette n’est pas facile. Toutes les théories circulent sur le sujet et certains économistes estiment même que la dette n’est pas un mal et que l’on peut continuer de la creuser indéfiniment ! Quoi qu’il en soit comment réduire cet endettement et en même temps assumer le coût de la transition écologique ? Surtout, quelle trajectoire rigoureuse adopter pour retrouver une croissance forte et durable, sans laquelle rien ne sera possible ? Comment augmenter le pouvoir d’achat en assurant une autre répartition entre profits et salaires ? Comment initier enfin une vraie révolution industrielle ?

Pour le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, comme pour le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, l’heure de vérité a sonné d’une vraie stratégie budgétaire de redressement, car, « un pays endetté est un pays paralysé ». Pour redresser ses finances, « la France doit donc consentir des efforts très exigeants dès 2026 », estime la Cour des comptes dans son dernier rapport annuel. Elle estime à près de 105 milliards d’euros les efforts nécessaires (économies de dépenses ou recettes supplémentaires) pour ramener le déficit public sous les 3 % du PIB en 2029, comme l’ambitionne le gouvernement. Pour Pierre Moscovici, cela revient à un « choix entre l’effort volontaire maintenant et l’austérité subie demain ». Dans le même ordre d’idées, le gouvernement de François Bayrou a prévu un effort budgétaire de plus de 40 milliards en 2026. La mise en place de réformes structurelles nécessaires au redressement de la France ne se fera pas sans sacrifices. Dans le contexte actuel, les Français sont-ils prêts à l’admettre et à l’accepter ?

… Mais obstacles sociaux

Pour indispensables qu’elles soient, les réformes sont généralement perçues comme des menaces pour le confort acquis et les droits sociaux. Les Français ont, en effet, une longue histoire de résistances sociales face aux réformes et la France est connue pour sa capacité à mobiliser la société civile et les syndicats contre des changements impopulaires. Depuis plusieurs années, les Français se montrent de plus en plus sceptiques à l’égard des politiques publiques, de droite comme de gauche. Promesses non tenues et impression de non prise en compte de leurs difficultés quotidiennes ne font qu’aggraver la défiance des citoyens vis-à-vis des politiques. À cela s’ajoute la dégradation actuelle de la situation économique, qui nourrit un sentiment de décrochage social. Dans ce contexte, comment accepter des réformes qui rendront inévitablement dans un premier temps la vie plus difficile ? D’après un récent sondage Odoxa, si 83 % des Français sont pessimistes sur l’avenir de la situation économique, seuls 4 sur 10 estiment indispensable de demander des efforts à la population et plus des trois quarts rejettent, par exemple, l’idée d’une baisse des pensions ou des remboursements de santé. De la même façon, 67 % des personnes interrogées ne veulent pas d’une augmentation du temps de travail. Des efforts apparaissent certes nécessaires aux Français…mais ils préfèrent « qu’ils soient demandés aux autres » ! Alors, comment faire ? En fait, les Français ne sont pas entièrement hostiles à l’idée de réformes, mais ils veulent être certains que ces réformes soient justes et équilibrées et qu’un effort proportionnel soit demandé à chacun. Ils attendent des réformes qui ne fassent pas que couper dans les dépenses publiques, mais qui renforcent également la compétitivité et l’efficacité du pays avec une amélioration du service public, une lutte plus efficace contre les inégalités sociales et une politique économique favorisant l’innovation et la croissance. Selon Olivier Redoulès, directeur des études chez Rexecode, « la France dispose de tous les atouts pour se réinventer et le relèvement peut être spectaculaire et rapide. Mais, le salut de la France ne peut venir que des Français et l’heure est plus que jamais au rassemblement ».

Réformes ou immobilisme ?

La France se trouve à un carrefour décisif, où la mise en place des réformes nécessaires semble inévitable. Mais leur réalisation dépendra de plusieurs facteurs : la capacité du gouvernement à convaincre et à mobiliser, le soutien ou l’opposition des citoyens, ainsi que le climat politique général. Les échéances électorales qui se profilent pourraient jouer un rôle décisif, car tout va dépendre de l’aptitude des différents partis en présence à proposer des programmes crédibles et consensuels, qui puissent concilier efficacité économique et justice sociale. Mais sauront-ils le faire ? Et même si c’est le cas, le pays peut-il encore supporter deux années d’attente et d’inaction ? La procrastination ne risque-t-elle pas de mener à un renforcement du populisme et à une contestation croissante ? Réponse le 28 août lors de la plénière « La France peut-elle rester dans le jeu ? »