Où en est la France ?

La France a considérablement renforcé ses investissements et ses initiatives dans le domaine des technologies quantiques ces dernières années, visant à se positionner parmi les leaders mondiaux. Dès janvier 2021, Emmanuel Macron annonçait le Plan Quantique, un investissement de 1,8 milliard d’euros sur cinq ans pour soutenir la recherche et l’innovation dans ce secteur. La répartition était la suivante : l’État et les organismes affiliés abondaient à hauteur de 1,05 milliard d’euros, l’Europe de 200 millions d’euros et enfin le secteur privé de 550 millions.  Le Plan quantique visait cinq objectifs stratégiques : développer les technologies et usages du calcul quantique ; maitriser les technologies de capteurs quantiques ; développer et diffuser la cryptographie post quantique ; développer les technologies de communications quantiques ; maitriser les technologies habilitantes du quantique.

Avec ce plan la France entendait devenir le centre de gravité de l’industrie quantique mondiale en renforçant l’attractivité de la filière quantique (formation et enrichissement du secteur de 5000 nouveaux talents) et en accompagnant à l’export tous les produits et services de cette filière innovante.

Si tous les objectifs initialement prévus n’ont toujours pas été atteints un bilan d’étape effectué en mars 2024 a permis de mettre en lumière des avancées significatives. Ainsi les startups quantiques ont levé plus de 350 millions d’euros, ce qui fait de la France le premier pays européen en termes de levées de fonds et le troisième au niveau mondial derrière les Etats-Unis et le Canada.

Les startups et PME françaises de la filière quantique sont aujourd’hui en deuxième position à l’international en termes d’attractivité des talents. Elles représentent 20 % des parts de marché mondial, faisant de la France l’un des premiers fabricants et exportateurs dans le domaine. En lien avec le programme French Tech 2030, l’Etat veillera à consolider cette présence à l’international, par un accompagnement sur mesure de toutes les pépites françaises du quantique.

Pour aller plus loin, dans le cadre de la stratégie France 2030, le gouvernement a alloué plus de 1,065 milliard d’euros supplémentaires, soutenant plus de 80 projets et visant à atteindre 2000 qubits utiles d’ici deux ans, avec un objectif de 100 à 200 qubits logiques d’ici la fin de la décennie. Il a également lancé le programme Proqcima, inspiré du programme ULTRA (lancé par les Britanniques pendant le Seconde guerre mondiale). L’objectif de ce programme est de disposer en 2032 d’au moins deux prototypes d’ordinateurs quantiques universels avec 128 qubits logiques étendus à 2048 qubits logiques en 2035. Le programme PROQCIMA est structuré sous la forme d’un partenariat d’innovation qui organise une compétition entre cinq entreprises (Alice & Bob, C12, Pasqal, Quandela et Quobly) avec une sélection progressive des compétiteurs les plus performants. Seuls les deux acteurs les plus performants poursuivront le programme jusqu’à son terme. La France est l’un des rares pays à l’échelle mondiale à disposer d’un socle de compétences en recherche amont et technologique, ainsi que de l’outil industriel adéquat permettant d’explorer sérieusement la faisabilité d’un ordinateur quantique FTQC (« Fault Tolerant Quantum Computer »).

Malgré ces avancées, des défis subsistent et la France doit intensifier ses efforts pour combler l’écart avec des nations comme les États-Unis et la Chine, qui investissent massivement dans les technologies quantiques. Par exemple, en 2024, la France ne captait que 3 % des parts de marché et 1 % des levées de fonds dans le logiciel quantique, bien qu’elle occupe la deuxième place mondiale avec 28 % du marché des infrastructures quantiques.

De plus, les difficultés sont nombreuses en matière de choix des technologies : supraconducteur, silicium, ions, photons… rien n’est encore arrêté.

Dans ce contexte, l’écosystème tricolore de l’informatique quantique doit continuer à se structurer pour monter en puissance et rayonner à l’international. Car pendant ce temps, les États-Unis et la Chine mettent les bouchées doubles. Pour l’heure, les États-Unis font en effet la course en tête, avec une part de marché mondiale estimée à 27 %, à 679 milliards de dollars, devant l’Union européenne (14 % pour 346 milliards de dollars). Mais en jouant collectif, le Vieux Continent a sans aucun doute une belle carte à jouer.

Comme le souligne Marina Ferrari, secrétaire d’Etat chargée du numérique : « L’avenir de l’autonomie stratégique de la France dans le numérique dépend, dès aujourd’hui, de notre capacité à faire émerger, ensemble, des champions technologiques européens, au rayonnement mondial dans le domaine du quantique et de l’IA ». La France, qui a su faire émerger 4 des 6 technologies quantiques les plus prometteuses doit notamment prendre garde à ne pas répéter les erreurs du passé en matière de nouvelles technologies. Il faudra ainsi savoir transformer l’innovation française en réussites commerciales et adapter l’offre quantique pour répondre aux futurs marchés. Pour l’Institut Montaigne, « construire une stratégie quantique en parallèle d’une stratégie d’IA devient essentiel pour rester compétitif dans un monde où les puissances investissent massivement dans ces technologies. Une économie qui manquerait ce virage risquerait de se retrouver marginalisée ».