#Lesacréetleprofane. Foi en l’avenir

« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! » déclarait Nietzsche à la fin du XIXeme, face à un judéo-christianisme qui perdait peu à peu sa force. Mais où en sont les religions aujourd’hui et quel sera leur avenir ? L’opposition entre le sacré, qui réfère à tout ce qui est divin ou transcendant, et le profane, qui englobe notre quotidien ordinaire, a toujours été centrale dans les débats philosophiques. Aujourd’hui, si certains prédisent un déclin de la religiosité dans le monde moderne, d’autres estiment au contraire que les religions continueront à jouer un rôle fondamental dans nos sociétés et dans les interactions humaines… et force est de constater qu’on peut hélas encore tuer au nom de Dieu. Si en Occident nous assistons à une sécularisation croissante de la société et que les progrès de la science et de la technologie ont conduit à une remise en cause des dogmes religieux, ailleurs dans le monde, la religion continue de jouer un rôle central dans la vie quotidienne des individus, de façon d’ailleurs souvent fort négative pour les femmes. Les religions ont également su s’adapter aux évolutions du monde moderne en adoptant de nouvelles formes d’expression et en utilisant les médias sociaux et Internet pour diffuser leurs messages et fidéliser de nouveaux adeptes. Face aux difficultés de la vie et à la quête de valeurs, la religion reste pour beaucoup la solution. L’affirmation selon laquelle la croyance aux dieux et aux divinités s’éteindra complètement ne semble donc pas du tout fondée.

Le poids du sacré

Hans Joas, un des poids lourds de la sociologie allemande, dénonce dans son livre « Les Pouvoirs du sacré » l’idée de l’irréversible sécularisation du monde moderne. Pour lui, il faut compter, au contraire, « sur des résurgences régulières de sacralité. Et les sociétés occidentales contemporaines, dit-il, n’n’en ont pas fini avec le religieux, car la modernité n’est nullement réductible à la désacralisation et à la sécularisation des sociétés ». Sonia Mabrouk partage cette conviction de la force du sacré. Pour elle, « le sacré correspond à une part irréductible de l’Homme. Il renvoie à des invariants indépassables de sorte qu’aucune culture ne peut se passer de sacré, ni même le renier ».  Elle déplore d’ailleurs que « le sacré soit absent aujourd’hui des discours publics, du moins dans l’Occident européen, comme s’il n’avait plus droit de cité dans le débat ».

Pour Flaubert, « les dieux n’étant plus, et le Christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc-Aurèle, un moment où l’homme a été seul ». Pour Sonia Mabrouk, notre époque est semblable à celle-là. Or, l’’homme seul est fragile et capable de croire à tous les gourous et à toutes les fables.

Le sacré peut bien sûr aussi être source de conflit et de violences surtout quand il est férocement religieux et clérical. Mais se réduit-il forcément à la religion ? Pas si sûr. Il y a du sacré en dehors des églises, des mosquées et des synagogues, partout où la quête de l’absolu, du sublime, existe et où il y a des rites. Dans « Le Sacré hors religions », essai pluridisciplinaire écrit sous la direction de Françoise Champion, Sophie Nizard et Paul Zawadzki, il est expliqué que « le sacré se déplace hors religions vers le domaine de l’existentiel, de la vie personnelle, mort, sexualité, souffrance, âge de la vie, procréation ».

Quoi qu’il en soit, religieux ou pas, le sacré semble bien indispensable à l’homme, mais quelle forme prendra-t-il à l’avenir ? Comment vont évoluer les religions et quelles nouvelles formes de culte peuvent-elles apparaître ?

Quels nouveaux cultes demain ?

La religion et la croyance en des divinités ont été une caractéristique intrinsèque de la vie humaine depuis des millénaires, mais l’évolution des croyances est un processus complexe et multifactoriel.

Avant Mohamed, avant Jésus, avant Bouddha, il y avait Zoroastre. L’histoire montre que les religions naissent, grandissent et meurent. Même les religions dominantes d’aujourd’hui ont continuellement évolué. Il a par exemple fallu trois siècles pour que l’église chrétienne se consolide autour d’un canon d’écritures, avant de se scinder en deux en 1054, puis en de multiples groupes de plus en plus disparates. Et des évolutions similaires se retrouvent partout. Les traditions religieuses savent généralement se transformer ou se réinventer pour rester pertinentes dans un monde en mutation. Les religions peuvent évoluer en raison des changements sociétaux, des avancées scientifiques et des nouvelles interprétations des textes sacrés. Le syncrétisme et les interactions entre différentes religions peuvent aussi entraîner des adaptations, des influences réciproques et des révisions des pratiques et des enseignements. Il est également tout à fait possible que de nouvelles croyances et mouvements religieux surgissent, comme cela s’est toujours produit au cours des siècles.

Cependant, il est difficile de prédire exactement quelles formes prendraient ces nouvelles religions ou à quel point elles pourraient influencer les systèmes de croyances déjà établis. Certaines de ces nouvelles religions pourraient rester de petits mouvements de niche, tandis que d’autres pourraient gagner en popularité et en influence au fil du temps. En dehors même des religions à proprement parler, de nouvelles formes de cultes et de spiritualités peuvent aussi voir le jour. Par exemple, les pratiques de spiritualité et de bien-être, telles que la méditation, le yoga ou le développement personnel, prennent de l’ampleur dans de nombreux pays et certains voient là une forme de culte.

Autre exemple, la montée en puissance des réseaux sociaux et des plateformes en ligne permet l’émergence de communautés virtuelles, où les gens partagent des croyances et des pratiques spirituelles. Ces communautés en ligne peuvent également développer de nouvelles formes de culte basées sur la technologie, telles que des cérémonies virtuelles ou des rituels numériques. Certains voient également la climatologie ou le transhumanisme comme de nouveaux cultes. Même les anciens dieux reviennent. En Europe, on assiste ainsi à un regain d’intérêt pour le paganisme. Réinventer des traditions « indigènes » à moitié oubliées permet d’exprimer des préoccupations modernes tout en conservant la patine du temps. En Islande, par exemple, la foi Ásatrú, petite mais en pleine expansion, n’a pas de doctrine particulière, si ce n’est des célébrations quelque peu archaïques des coutumes et de la mythologie nordiques anciennes, mais elle est active sur les questions sociales et écologiques. Il en va de même pour le druidisme au Royaume-Uni. Il s’agit de croyances de niche pour le moment, mais qui sait comment avec le temps elles peuvent évoluer. Après tout, peut-être que les grandes religions qui couvrent le monde aujourd’hui sont moins durables que nous le pensons. Et peut-être que la prochaine grande religion ne fait que commencer ?

« Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », écrivait Voltaire. La notion de Dieu et du sacré seront au cœur de la conversation #Le sacré et le profane. Foi en l’avenir du 28 août après-midi.