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14 août 2025#LaREF25La France peut-elle rester dans le jeu ?
Dette abyssale, inégalités, tensions sur le marché du travail, systèmes de protection sociale en grande difficulté, déclassement de notre système éducatif, perte de compétitivité et d’influence sur la scène géopolitique… La France, au cœur de l’Europe, fait face à des défis multiples, qui suscitent une attention particulière de la part de la communauté internationale. Les réformes structurelles, nécessaires pour redresser le pays, sont régulièrement évoquées, mais toujours retardées. Pourtant, il y a urgence ! La France saura-t-elle enfin faire les choix nécessaires pour redresser la barre et retrouver toute sa place dans le concert des nations ? Surtout, les Français sont-ils prêts à supporter les efforts nécessaires ? A l’approche des prochaines échéances électorales, les responsables politiques sauront-ils les convaincre, sans artifices, ni complaisance ? Et peut-on attendre encore deux ans avant de vraiment changer de trajectoire ou sommes-nous dans le « money time » ?
Quand les difficultés s’accumulent
La France ne cesse de décrocher. L’économie française est désormais reléguée au 7e rang mondial. La croissance est au plus bas, les faillites d’entreprises s’envolent et la réindustrialisation tarde à se concrétiser. Le déficit commercial atteint 81 milliards d’euros, la France n’est qu’au 24ème rang pour la richesse par habitant et le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ne cesse de progresser. A cela s’ajoute la faillite de l’Etat-providence, avec un système de santé et système éducatif de moins en moins efficients, un déficit croissant de nos régimes de retraite. Sur le plan social, on note une montée des inégalités et un fossé qui se creuse entre les métropoles et les zones rurales ou périurbaines, avec un sentiment de non-représentation et de frustration des classes populaires face à un gouvernement jugé éloigné de leurs préoccupations. Comme si tout cela ne suffisait pas, la dette publique explose. Elle atteignait fin 2024 3305,3 milliards d’euros, soit 113.2 % du PIB selon le baromètre Elabe. Le service de la dette représente de ce fait une part importante du budget de l’État, ce qui prive d’autres secteurs essentiels (éducation, santé, infrastructure) des ressources nécessaires à leur développement. Et tout cela sans compter sur la nécessaire adaptation au changement climatique, qui impacte de plus en plus le pays, comme en témoigne l’épisode caniculaire de juin dernier. Atteindre, comme promis, la neutralité carbone d’ici 2050 va demander des investissements colossaux.
On le voit, tous les clignotants sont au rouge, les problèmes de la France sont multiples et interconnectés et ne pourront être résolus sans des réformes audacieuses et courageuses dans des domaines essentiels comme l’emploi, la fiscalité, l’éducation, la transition écologique et la solidarité sociale. La France doit également surmonter une crise de confiance qui paralyse son système politique et ses institutions. Répondre à ces défis avec efficacité est devenu crucial.
Urgences économiques…
Alors, comment faire rebondir la France ? Comment organiser le financement de l’économie face à un endettement massif ? Comment rendre nos entreprises plus compétitives ? Comment contrôler l’inflation et redonner du pouvoir d’achat ? Comment apaiser les tensions sociales ? Dans le contexte d’incertitudes géopolitiques et économiques mondiales actuel, la réponse n’est pas simple et la tentation peut être grande de naviguer à vue ! Pourtant ce n’est pas la solution. Certes, la question de la dette n’est pas facile. Toutes les théories circulent sur le sujet et certains économistes estiment même que la dette n’est pas un mal et que l’on peut continuer de la creuser indéfiniment ! Quoi qu’il en soit comment réduire cet endettement et en même temps assumer le coût de la transition écologique ? Surtout, quelle trajectoire rigoureuse adopter pour retrouver une croissance forte et durable, sans laquelle rien ne sera possible ? Comment augmenter le pouvoir d’achat en assurant une autre répartition entre profits et salaires ? Comment initier enfin une vraie révolution industrielle ?
Pour le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, comme pour le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, l’heure de vérité a sonné d’une vraie stratégie budgétaire de redressement, car, « un pays endetté est un pays paralysé ». Pour redresser ses finances, « la France doit donc consentir des efforts très exigeants dès 2026 », estime la Cour des comptes dans son dernier rapport annuel. Elle estime à près de 105 milliards d’euros les efforts nécessaires (économies de dépenses ou recettes supplémentaires) pour ramener le déficit public sous les 3 % du PIB en 2029, comme l’ambitionne le gouvernement. Pour Pierre Moscovici, cela revient à un « choix entre l’effort volontaire maintenant et l’austérité subie demain ». Dans le même ordre d’idées, le gouvernement de François Bayrou a prévu un effort budgétaire de plus de 40 milliards en 2026. La mise en place de réformes structurelles nécessaires au redressement de la France ne se fera pas sans sacrifices. Dans le contexte actuel, les Français sont-ils prêts à l’admettre et à l’accepter ?
… Mais obstacles sociaux
Pour indispensables qu’elles soient, les réformes sont généralement perçues comme des menaces pour le confort acquis et les droits sociaux. Les Français ont, en effet, une longue histoire de résistances sociales face aux réformes et la France est connue pour sa capacité à mobiliser la société civile et les syndicats contre des changements impopulaires. Depuis plusieurs années, les Français se montrent de plus en plus sceptiques à l’égard des politiques publiques, de droite comme de gauche. Promesses non tenues et impression de non prise en compte de leurs difficultés quotidiennes ne font qu’aggraver la défiance des citoyens vis-à-vis des politiques. À cela s’ajoute la dégradation actuelle de la situation économique, qui nourrit un sentiment de décrochage social. Dans ce contexte, comment accepter des réformes qui rendront inévitablement dans un premier temps la vie plus difficile ? D’après un récent sondage Odoxa, si 83 % des Français sont pessimistes sur l’avenir de la situation économique, seuls 4 sur 10 estiment indispensable de demander des efforts à la population et plus des trois quarts rejettent, par exemple, l’idée d’une baisse des pensions ou des remboursements de santé. De la même façon, 67 % des personnes interrogées ne veulent pas d’une augmentation du temps de travail. Des efforts apparaissent certes nécessaires aux Français…mais ils préfèrent « qu’ils soient demandés aux autres » ! Alors, comment faire ? En fait, les Français ne sont pas entièrement hostiles à l’idée de réformes, mais ils veulent être certains que ces réformes soient justes et équilibrées et qu’un effort proportionnel soit demandé à chacun. Ils attendent des réformes qui ne fassent pas que couper dans les dépenses publiques, mais qui renforcent également la compétitivité et l’efficacité du pays avec une amélioration du service public, une lutte plus efficace contre les inégalités sociales et une politique économique favorisant l’innovation et la croissance. Selon Olivier Redoulès, directeur des études chez Rexecode, « la France dispose de tous les atouts pour se réinventer et le relèvement peut être spectaculaire et rapide. Mais, le salut de la France ne peut venir que des Français et l’heure est plus que jamais au rassemblement ».
Réformes ou immobilisme ?
La France se trouve à un carrefour décisif, où la mise en place des réformes nécessaires semble inévitable. Mais leur réalisation dépendra de plusieurs facteurs : la capacité du gouvernement à convaincre et à mobiliser, le soutien ou l’opposition des citoyens, ainsi que le climat politique général. Les échéances électorales qui se profilent pourraient jouer un rôle décisif, car tout va dépendre de l’aptitude des différents partis en présence à proposer des programmes crédibles et consensuels, qui puissent concilier efficacité économique et justice sociale. Mais sauront-ils le faire ? Et même si c’est le cas, le pays peut-il encore supporter deux années d’attente et d’inaction ? La procrastination ne risque-t-elle pas de mener à un renforcement du populisme et à une contestation croissante ? Réponse le 28 août lors de la plénière « La France peut-elle rester dans le jeu ? » [...]
6 août 2025#LaREF25Photo de fond : ©Emilie Hautier / FFT
Le grand procès de l’entrepreneuriat
À la croisée du théâtre et du think tank, ce grand procès – ouvert par Gérald Darmanin, le garde des Sceaux en personne ! – est une performance intellectuelle inédite qui mêle droit, innovation, investissement et société. Il s’inscrit dans la philosophie de La REF : faire dialoguer les forces vives de notre pays autour des enjeux qui comptent.
Accrochez vos robes, affûtez vos arguments : le Barreau de Paris crée l’événement à La REF25 !Dans le cadre solennel du Tenniseum, transformé pour l’occasion en cour de justice spectaculaire, une question brûlante sera jugée : l’entrepreneuriat est-il coupable ou non ?
Au banc des témoins : des figures de proue du monde économique et judiciaire.Au programme : comparutions d’experts, réquisitoires musclés, plaidoiries inspirées et… un verdict final sous tension. Le tout dans une ambiance digne des plus grands procès publics.
Les parties en présence :
Aimée Kleiman et Noémie Gorin, secrétaires de la Conférence – jeunes oratrices de haut vol, figures montantes de la plaidoirie
Pierre Hoffman, bâtonnier de Paris – garant de la rigueur du débat
Patrick Sayer, président du Tribunal des Activités économiques de Paris – à la barre du jugement économique
Eric Larchevêque, entrepreneur serial et cofondateur de Ledger – témoin de la disruption
Tatiana Jama, fondatrice de Sistafund et cofondatrice de Sista – voix engagée pour un entrepreneuriat inclusif
Suspense garanti jusqu’à la dernière minute : le verdict sera-t-il en faveur de la liberté d’entreprendre… ou pointera-t-il ses excès ?
Rendez-vous le 27 août à 15h30 au Tenniseum. Une place à part dans le programme de La REF25. À ne manquer sous aucun prétexte. [...]
6 août 2025#LaREF25 / Non classéIl faut sauver le débat public !
Dans nos sociétés démocratiques, le débat public constitue le fondement de la vie collective. Il permet l’échange d’idées, la confrontation des opinions et l’élaboration de décisions communes. Or, à l’ère numérique, ce débat est de plus en plus menacé par deux phénomènes majeurs : l’hyperpolarisation, qui radicalise les positions, et la prolifération de fake news, qui obscurcit la vérité et nourrit tous les complotismes. Ces dérives minent les fondements de la démocratie. Dès lors, peut-on encore sauver le débat public afin de la préserver ? Certains estiment indispensable de réguler fortement les échanges pour garantir un débat sain, alors que d’autres y voient un risque majeur de censure et d’atteinte à la liberté d’expression. Comment arbitrer entre protection du débat démocratique et respect des libertés individuelles ? Quels choix décisifs faire aujourd’hui pour restaurer demain la confiance citoyenne ?
Un débat public fragilisé par la désinformation
Un des traits marquants du débat public contemporain est son extrême polarisation. Les plateformes numériques, via des algorithmes qui privilégient les contenus émotionnels ou clivants, favorisent la formation de « bulles cognitives », où les individus ne sont exposés qu’à des opinions similaires aux leurs. Cela renforce les convictions préexistantes et engendre un rejet de la contradiction, perçue comme une hostilité. Aux États-Unis, par exemple, la polarisation idéologique entre Républicains et Démocrates atteint un niveau tel que le dialogue devient quasiment impossible. Barack Obama, dans un discours sur la désinformation en 2022, l’a clairement dénoncé : « les algorithmes de nos plateformes ne récompensent pas la vérité, mais la viralité ».
En France, les débats sur l’identité, la sécurité ou la laïcité illustrent aussi cette fragmentation. Autre exemple, durant la pandémie, des rumeurs infondées sur les puces dans les vaccins, ou l’origine du virus ont massivement circulé, affectant les comportements collectifs et les politiques de santé publique. A cela s’ajoute une vraie crise de la représentation et une défiance croissante envers les institutions. Quelque chose ne va plus dans le débat public : d’un côté une parole sans limite, valorisée sur les réseaux sociaux, de l’autre une parole empêchée, au nom de l’exigence de minorités à ne pas être offensées dans leur identité.
Plus que jamais, la société de l’information, consubstantielle de la démocratie, est atteinte du virus des fake news. Depuis la victoire du Brexit, leur prolifération repose sur les algorithmes, qui valorisent la viralité et les communautés de semblables, qui renforcent nos biais cognitifs et qui avantagent les fausses informations aux dépens des faits. Quelques jours après l’inauguration du second mandat de Donald Trump sous le regard bienveillant des « oligarques » de la Silicon Valley, feu le pape François lui-même alertait contre la « désinformation qui trop souvent simplifie la réalité pour provoquer des réactions instinctives ». Au-delà de l’intox, une mauvaise information peut être un acte malveillant intentionnel ou plus simplement une rumeur, le « plus vieux média du monde », selon Jean-François Revel. A l’heure d’Internet, une erreur répétée des millions de fois fait très vite office de vérité. Selon une récente étude, la plupart des Américains croiraient ainsi aux fake news qu’ils lisent. Parallèlement, la confiance accordée par la population aux médias a considérablement chuté et seuls 38 % de la population leur fait confiance. Et c’est dans ce contexte que l’administration Trump ferme définitivement l’agence fédérale américaine de lutte contre la désinformation, au moment même où des experts alertent sur les risques venus de Chine et de Russie ! Dans le même esprit, Marc Zuckerberg a mis fin au fact-checking et à la modération sur Facebook et Instagram au nom de la défense de la liberté d’expression.
Une menace réelle pour la démocratie
Qu’on ne s’y trompe pas, les fake news ne sont pas « des blagues inoffensives ». Selon une étude du MIT, une fake news a 70 % plus de chances d’être repostée qu’une information vérifiée, parce qu’elle choque, fait peur ou indigne. L’émotion l’emporte alors sur la raison. Elles représentent de ce fait une menace directe pour le bon fonctionnement de nos démocraties, à tel point que certains chercheurs parlent aujourd’hui de « pollution informationnelle ». Elles surgissent souvent dans les moments de crise, où l’incertitude alimente la crédulité : pandémie, guerre, élections… Or, la démocratie suppose des débats fondés sur des faits véritables, qui permettent de délibérer et de faire des choix éclairés. Les conséquences sont profondes. La confiance dans les médias, les scientifiques, les institutions recule, le dialogue devient impossible, le débat se crispe.
Dans cet environnement, le terrain devient fertile pour le populisme et l’autoritarisme. La lutte contre la désinformation est donc fondamentale pour renforcer la résilience de nos sociétés et la maîtrise des médias. « Il est nécessaire que le débat public soit libre et pluriel pour que le public soit informé et puisse faire face à la désinformation », déclare Antonio Guterres en préambule du rapport de l’ONU sur la lutte contre la désinformation. Ce rapport fait des propositions clés au niveau des Etats, comme « respecter la liberté d’expression, en garantissant l’accès à l’information et en promouvant le pluralisme des médias » ou encore « s’assurer que les agents publics partagent des informations exactes et tiennent responsables les autorités qui diffusent de fausses informations ». Il s’adresse aussi aux entreprises technologiques, à qui il est demandé « d’éviter d’avoir des incidences négatives sur les droits de l’homme » et « d’assurer une plus grande transparence et de donner accès aux données et informations pertinentes ». Les grandes plateformes numériques sont devenues des acteurs centraux du débat public. Il est donc impératif de les soumettre à des obligations de transparence et de responsabilité. C’est ce que vise aussi le Digital Services Act, adopté en 2022 par l’UE, qui impose aux grandes plateformes des mesures de lutte contre la désinformation, notamment en période électorale. Mais bien sûr, tout cela interroge sur le respect de la liberté d’expression.
Protection du débat démocratique vs respect des libertés individuelles ?
Dans les sociétés démocratiques, la liberté d’expression est un droit fondamental garanti par l’État. Elle va de pair avec la liberté de la presse. En France, c’est l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adopté le 24 août 1789, qui a donné une existence juridique à la liberté d’expression : « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi ». Aux Etats-Unis, elle est garantie par le premier amendement de la Constitution, adopté en 1791 : « le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice d’une religion, ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse, ou le droit qu’a le peuple de s’assembler paisiblement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation de torts dont il se plaint ». Cette liberté n’est cependant pas un absolu et elle est restreinte par de nombreuses limites. On ne peut pas tout dire. Si, comme l’affirme Spinoza, « la liberté de penser est un droit naturel et inaliénable », il n’en va pas tout à fait de même avec la liberté de s’exprimer. Insultes racistes, propos sexistes, pornographiques ou diffamatoires, incitations à la haine et à la violence, négation des crimes contre l’humanité…des restrictions nécessaires existent, encadrées et punies par la loi afin de protéger l’ordre public. Mais attention à ne pas aller trop loin et à ne pas dériver vers la censure. Plus la régulation est sévère, plus la peur des sanctions ou de la stigmatisation peut conduire à une standardisation du discours public et à un appauvrissement du débat. Hannah Arendt rappelait que la démocratie suppose « la pluralité des opinions et la confrontation des points de vue ». Sans cette diversité, le débat se transforme en monologue idéologique. La tension entre protection du débat démocratique et respect des libertés individuelles est au cœur des défis politiques contemporains. S’il est légitime de vouloir encadrer les dérives qui menacent le vivre-ensemble, il est tout aussi vital de veiller à ce que ces encadrements ne se transforment pas en instruments de censure ou de contrôle autoritaire.
Comment restaurer la confiance citoyenne ?
« La démocratie repose sur la confiance, mais cette confiance ne peut être aveugle », écrivait Pierre Rosanvallon dans La légitimité démocratique. La confiance citoyenne est en effet un des piliers de la démocratie. Sans elle, les institutions perdent leur légitimité, les règles communes sont contestées et le contrat social se fragilise. Or, depuis plusieurs décennies, de nombreux signes témoignent d’un affaiblissement de cette confiance : désaffection électorale, montée de la défiance envers les élites, circulation massive de théories complotistes et polarisation des sociétés. Cette crise de confiance nourrit à son tour des replis populistes, des tensions sociales et parfois une forme de paralysie politique. L’hyperpolarisation, la désinformation et la défiance fragilisent en effet gravement la fonction délibérative du politique. La confiance suppose des institutions plus lisibles, plus exemplaires et mieux contrôlées. L’un des enjeux consiste donc pour les institutions, comme pour les citoyens, à se recentrer sur le principe délibératif, afin de préserver, voire de renouveler, la légitimité du système démocratique. Pour cela, le débat public doit être favorisé non seulement dans le cadre institutionnel, mais aussi dans l’espace informationnel que représentent les réseaux sociaux, qui comptent désormais plus de 5 milliards d’utilisateurs à l’échelle mondiale. Il ne suffit pas de lutter contre les dérives, il faut aussi reconstruire des espaces de débat légitimes, inclusifs et efficaces. Pour sauver le débat public et restaurer cette confiance citoyenne, sans laquelle aucune démocratie ne peut prospérer, des choix décisifs s’imposent. Mais Lesquels ? Réponse le 28 août prochain lors de la plénière « Il faut sauver le débat public ! » [...]
30 juillet 2025#LaREF25Quels choix économiques pour la France ?
La France, comme la plupart des autres économies occidentales, traverse une période marquée par de profondes mutations économiques, sociales et écologiques. L’après-Covid, la guerre en Ukraine, la crise énergétique, les tensions inflationnistes et la nécessité urgente de faire face au changement climatique bousculent les repères traditionnels de l’action publique. Dans ce contexte mouvant, quels choix économiques privilégier ? Comment maximiser la croissance tout en conciliant développement durable, cohésion sociale et souveraineté nationale ? Le pays est incontestablement à un tournant, dès lors, quels arbitrages s’imposent entre baisse des prélèvements, investissements d’avenir, financement de la protection sociale, renforcement de l’emploi et formation des jeunes ? Quelle stratégie adopter pour restaurer l’attractivité, soutenir l’innovation, moderniser l’appareil productif et bâtir un modèle soutenable, compétitif et équitable ?
Un contexte difficile
Les choix économiques pour la France dépendent incontestablement du contexte politique, social, environnemental et géopolitique actuel. En 2025, plusieurs défis majeurs se posent et les décisions économiques doivent pouvoir répondre à des objectifs souvent contradictoires : soutenir la croissance, lutter contre l’inflation, répondre à la crise écologique, maîtriser les finances publiques et la dette et réduire les inégalités. L’économie française est en effet confrontée à des déséquilibres structurels, qui limitent sa capacité d’action et que les gouvernements successifs n’ont pas su maîtriser : une dette publique abyssale, qui pèse sur les marges budgétaires, un déficit commercial élevé, symptôme de la désindustrialisation engagée depuis plusieurs décennies, un chômage qui reste élevé, en dépit de la baisse relative enregistrée ces dernières années, un coût du travail supérieur à celui de nos principaux concurrents, une fiscalité parmi les plus élevée du monde et des difficultés croissantes dans nos systèmes de protection sociale… Et au-delà de ces contraintes internes, la situation internationale n’arrange rien, notamment depuis l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis et une Union européenne qui peine à s’imposer.
Politique de l’offre ou politique de la demande ?
Pour relever ces défis, les opinions divergent quant aux choix économiques à faire. Certains plaident pour une politique de l’offre afin de stimuler la compétitivité des entreprises. Cela passe par une baisse des impôts de production, une réforme du marché du travail et des incitations à l’investissement et à l’innovation. France 2030, dont les 10 objectifs s’articulent autour de trois enjeux : mieux produire, mieux vivre et mieux comprendre notre monde, et le Crédit d’impôt recherche vont dans ce sens. Cette stratégie parie sur un effet de ruissellement : en libérant les forces productives, la croissance créerait des emplois et augmenterait les recettes publiques. Toutefois, mal maîtrisée et sans compensation par des politiques sociales, une politique de l’offre risque d’accentuer les inégalités et d’entraîner la colère de la rue avec en corollaire, la montée des populismes. C’est pourquoi, à l’inverse, d’autres souhaitent au contraire une politique de la demande, afin de soutenir le pouvoir d’achat, qui reste une des préoccupations majeures de nos concitoyens. Elle passe par une revalorisation du salaire minimum et une relance de la consommation inspirée des idées de Keynes. Mais une telle politique a pour risque majeur d’alourdir encore la dette et d’augmenter l’inflation.
Alors que choisir ? Sans oublier l’impératif incontournable de la transition écologique, qui impose à notre économie de se décarboner massivement et d’investir dans les énergies renouvelables, les transports propres, la rénovation thermique des bâtiments, l’agriculture durable. Tout cela avec un risque d’inacceptabilité sociale !
On le voit, face à la complexité des enjeux, le dilemme est immense pour le gouvernement. Les choix économiques de la France ne peuvent aujourd’hui se résumer à une opposition entre rigueur budgétaire et relance. Le contexte actuel impose de concilier croissance, équité et soutenabilité. Mais, comment faire ?
Concilier compétitivité, justice sociale et transition écologique
Aucune transition ne pourra réussir sans justice sociale. Si, a priori, relance de la compétitivité et cohésion sociale semblent deux objectifs contradictoires, des leviers existent cependant pour les rendre compatibles.
Le premier est un investissement dans le capital humain, avec une réforme du système éducatif pour permettre un accès égal à l’éducation et à la formation professionnelle, afin de former une main d’œuvre qualifiée qui permettra aux entreprises de relever les défis de la modernité et d’améliorer leur productivité. Soutien renforcé à l’apprentissage, écoles de la deuxième chance, passerelles entre les filières, renforcement du tutorat… les pistes ne manquent pas pour garantir une meilleure égalité des chances. Le deuxième levier consiste à repenser en profondeur la fiscalité pour la rendre plus équitable et plus intelligente. Le but est d’éviter que la baisse, indispensable, des impôts de production ne vienne creuser encore les inégalités et partant, nourrir la grogne sociale. L’objectif est de financer la protection sociale, sans freiner la croissance. Enfin, troisième levier, s’assurer que la transition écologique soit juste et ne laisse aucune catégorie sociale sur le bord du chemin.
Mais pour concilier tout cela, des arbitrages s’imposent dans le contexte actuel de ressources contraintes, là encore comment choisir ?
Quels arbitrages ?
Baisse des prélèvements, investissements d’avenir, financement de la protection sociale, renforcement de l’emploi et formation des jeunes…tous ces objectifs sont légitimes, mais concurrents à court terme. Le problème est donc un arbitrage budgétaire et politique pour tenter d’équilibrer ces impératifs, sans compromettre l’avenir, ni fracturer le présent. Loin d’être uniquement techniques, ces arbitrages traduisent des choix de société. Prenons, par exemple, la baisse des prélèvements obligatoires. La France est l’un des pays à la fiscalité la plus élevée des pays de l’OCDE,. Cela pèse lourdement sur la compétitivité des entreprises et des baisses ciblées d’impôts de production s’imposent, si on veut pouvoir lutter à armes égales avec nos concurrents. Mais comment faire en sorte que cela ne réduise pas les ressources nécessaires pour financer la protection sociale ou l’investissement public ? Autre exemple, en matière de protection sociale – on sait combien les Français y sont attachés – faut-il réduire les dépenses ou simplement mieux les réorienter en faveur des populations les plus vulnérables ? En fait, il s’agit de hiérarchiser sans opposer et de mieux articuler croissance, solidarité et avenir. Certaines dépenses, comme l’investissement dans la jeunesse ou les infrastructures bas carbone, permettent précisément de créer de l’emploi tout en réduisant les inégalités et en améliorant la compétitivité. Il s’agit aussi d’engager les réformes nécessaires pour dégager de nouvelles marges de manœuvre. Mais pour être efficaces, tous ces arbitrages nécessitent un leadership politique fort, capable d’expliquer les choix, de les faire accepter par le plus grand nombre et d’instaurer un climat de confiance. Dans le contexte d’instabilité politique actuelle, plus facile à dire qu’à faire !
La croissance durable à laquelle la France aspire, ne pourra être atteinte sans une stratégie cohérente, intégrée et de long terme qui implique de sortir de l’opposition entre économie et écologie, entre compétitivité et solidarité, entre relance et rigueur. La France ne pourra restaurer son attractivité, innover, moderniser son appareil productif et garantir l’égalité des chances sans investir dans la jeunesse et l’innovation, sans soutenir une industrie propre, sans miser sur les territoires et sans renforcer l’Europe. C’est à cette condition qu’elle pourra s’imposer dans le monde de demain, sans renoncer à ses valeurs de justice sociale et de durabilité. Cela passe par une réindustrialisation verte, une réforme équitable des finances publiques, une redistribution juste et un pilotage stratégique à long terme. C’est à ce prix que la France pourra relever les défis du XXIe siècle et construire un nouveau modèle économique durable et solidaire. Les choix à venir sont donc éminemment politiques : ils impliquent de définir collectivement la société dans laquelle nous voulons vivre. Saurons-nous les faire ? Réponse le 28 août, lors du débat « Quels choix économiques pour la France ? » [...]
30 juillet 2025#LaREF25Réguler ou libérer ?
Automatisation, révolution numérique, transition énergétique… l’économie se réinvente à un rythme inédit. Entre l’audace entrepreneuriale qui fait naître les géants de demain et l’action publique qui fixe les garde‑fous indispensables, où placer le curseur ? Le débat entre régulation et libéralisation n’est plus une querelle théorique ; il façonne notre capacité à innover, à créer de l’emploi et à partager équitablement la richesse produite.
Deux visions s’opposent : celle d’un État protecteur et régulateur, héritée de l’économie keynésienne, et celle d’un marché libre, considéré comme moteur d’efficacité et de progrès. Laquelle de ces approches — ou quel dosage entre les deux — peut réellement assurer un développement durable ? La dérégulation totale entraîne‑t‑elle inéluctablement un accroissement des inégalités et une instabilité financière, ou est‑elle une promesse de prospérité ? Comment concilier la protection sociale et la compétitivité économique ?
Réguler ou libéraliser, that is the question
Livré à lui‑même, le marché peut générer des déséquilibres majeurs. L’exemple de la crise financière de 2008, née de la déréglementation du secteur bancaire, montre que l’absence de contrôle peut avoir des conséquences dramatiques. Face à cela, la régulation permet de limiter les excès spéculatifs et d’éviter l’effondrement des économies. Elle assure également davantage de justice sociale par la redistribution et répond aux défis environnementaux pour mieux guider entreprises et consommateurs. À titre d’illustration, l’instauration d’un prix plancher pour le carbone dans plusieurs provinces canadiennes a poussé les industriels à investir massivement dans des technologies plus propres, tout en finançant des baisses d’impôt pour les ménages. Mais une régulation excessive génère des lenteurs et de la complexité et décourage les initiatives privées. Par exemple, il faut une journée pour créer une entreprise au Canada, trois jours en moyenne aux États‑Unis, et encore trois mois en France dans les meilleures conditions !
À l’inverse, moins de régulation signifie souvent plus de liberté pour entreprendre, innover et s’adapter. L’idéologie du marché libre a connu ses heures de gloire dans les années 1980 sous Ronald Reagan aux États‑Unis et Margaret Thatcher en Grande‑Bretagne. Pour eux, l’État n’était pas la solution mais le problème, et un marché sans entraves allait apporter la prospérité et enrichir tout le monde. Il est vrai que les économies ouvertes, avec peu de contraintes administratives et fiscales, attirent davantage les investisseurs étrangers, ce qui dynamise la croissance et génère des emplois. L’Argentine de Javier Milei mise ainsi sur la libéralisation pour relancer son économie et retrouver la confiance des marchés. Les promoteurs de la libéralisation s’appuient toujours sur les bases théoriques du libéralisme, issues des travaux de Ricardo au début du XIXᵉ siècle, selon qui n’importe quel pays a la possibilité de participer au jeu du commerce mondial et d’en recueillir les bénéfices. C’est la célèbre théorie des « avantages comparatifs », qui pose pour principe que toute nation, toute entreprise, peut s’insérer dans le commerce mondial à condition de se spécialiser dans les activités pour lesquelles elle est la mieux placée et la plus performante. La concurrence est l’une des caractéristiques essentielles des économies de marché : elle pousse au progrès technique et aux gains de productivité, élimine les moins performants et encourage les baisses de prix. Mais pour être parfaitement équitable, la concurrence implique que les acteurs opèrent dans un champ de contraintes identiques, ce qui suppose des règles. L’ouverture du ciel unique européen, par exemple, a fait exploser l’offre des compagnies low‑cost ; les prix des billets ont chuté, mais la pression sur les normes sociales des personnels navigants a relancé le débat sur le juste niveau de régulation. Comme en toute chose, les extrêmes sont souvent inefficaces : une économie totalement régulée peut devenir rigide ; à l’inverse, une économie totalement libéralisée risque l’instabilité et l’injustice. L’enjeu est donc de concilier intelligemment les deux. Or, dans une économie mondialisée, où les entreprises réclament toujours plus de liberté pour rester compétitives, le curseur se déplace sans cesse.
Interventionnisme étatique vs libéralisme économique : qui peut assurer un développement durable ?
Selon le rapport Brundtland, le développement durable est celui « qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Il repose sur trois piliers : économique, social et environnemental. Pour atteindre cet objectif, les sociétés doivent choisir entre l’interventionnisme étatique, qui vise à orienter l’économie par des politiques publiques, et le libéralisme économique, qui mise sur les mécanismes du marché et la liberté d’entreprise. Si, comme nous l’avons vu, le libéralisme stimule la croissance, il ne saurait assurer seul un développement durable, car il ne prend pas naturellement en compte les conséquences sociales et environnementales de l’activité économique. La recherche du profit à court terme peut aggraver les inégalités sociales et épuiser les ressources naturelles, la déforestation du Brésil en étant une triste illustration.
L’intervention de l’État a pour but de corriger ces défaillances du marché et d’orienter l’économie vers des objectifs à long terme. L’Union européenne, avec le Green Deal, ou la France avec la planification écologique, illustrent cette volonté de transition soutenable. L’action publique permet aussi de garantir une certaine équité entre les territoires et les populations. Mais là encore, attention aux excès ! L’État doit être régulateur, mais pas omniprésent. Il ne doit pas être un obstacle au marché, mais l’architecte d’un cadre dans lequel les activités économiques peuvent prospérer tout en respectant les équilibres sociaux et sociétaux.
La dérégulation totale : risque majeur ou opportunité ?
Depuis les années 1980, la dérégulation totale, portée par les courants néolibéraux, repose sur la croyance que le marché s’autorégule, approche de plus en plus remise en question face à l’explosion des inégalités mondiales. Dans des secteurs comme la finance, la dérégulation totale encourage les bulles spéculatives qui, en explosant, peuvent générer des catastrophes mondiales, comme la crise des subprimes. Elle tend aussi à affaiblir les mécanismes de redistribution. En réduisant l’impôt sur les hauts revenus, en flexibilisant le marché du travail ou en privatisant les services publics, elle profite en priorité aux catégories les plus favorisées. Selon Thomas Piketty, elle a contribué à l’enrichissement du 1 % le plus riche, au détriment des classes moyennes et populaires. D’un autre côté, en allégeant les contraintes réglementaires, elle permet aux entreprises de gagner en flexibilité, de réduire leurs coûts et d’embaucher davantage. Elle incite aussi les acteurs privés à faire preuve d’autonomie et à ne plus se tourner vers l’État au moindre aléa conjoncturel. Toutefois, une absence totale de règles mènerait à l’anarchie économique. Mieux vaut donc ajuster la régulation pour l’adapter aux enjeux contemporains – numériques, climatiques, démographiques – plutôt que d’en supprimer le principe. Une prospérité durable ne se résume pas à la croissance. Elle suppose aussi une répartition équitable des richesses, sans quoi les tensions sociales et politiques risquent d’exploser.
Malgré ses réussites spectaculaires, le libéralisme économique continue d’essuyer de virulentes critiques ; mais il serait réducteur de lui imputer seul l’ensemble des dérives observées. Lorsque les pouvoirs publics multiplient les normes et procédures – souvent pour de bonnes raisons – l’empilement réglementaire peut finir par étouffer l’initiative, ralentir la diffusion des innovations et, in fine, nuire à l’efficacité même qu’il prétend garantir. La Banque mondiale estime ainsi que la surrèglementation des marchés des biens et services peut amputer jusqu’à un point de croissance par an dans certaines économies avancées. De sorte que le véritable défi n’est pas libéralisme contre État, mais la recherche d’un équilibre protégeant des excès spéculatifs sans transformer la conformité administrative en sport national.
Concilier protection sociale et compétitivité économique ?
Partout dans le monde, les tensions entre niveau de protection sociale et performance économique restent tangibles. Les États, confrontés à la mobilité des capitaux et des talents, craignent de voir investissements et emplois filer vers des territoires jugés plus « agiles ». Pour autant, de nombreux travaux, de l’OCDE à l’Organisation internationale du Travail, soulignent qu’un socle social robuste peut constituer un véritable atout compétitif : il sécurise les trajectoires professionnelles, soutient la consommation en période de ralentissement et favorise la montée en compétences des travailleurs.
Les pays nordiques en sont l’illustration classique, mais d’autres modèles s’affirment : l’Allemagne mise sur la cogestion et la formation continue ; la Corée du Sud investit massivement dans l’assurance‑emploi pour accompagner ses transitions industrielles ; le Canada combine flexibilité du marché du travail et dispositifs publics de reconversion. Dans chacun de ces cas, la clé réside moins dans le niveau absolu de dépenses que dans la qualité des dispositifs (ciblage, prévention, gouvernance) et dans un financement perçu comme équitable. Les réformes les plus acceptées sont celles qui associent clairement protection et incitations à l’emploi, plutôt que d’opposer, de façon stérile, justice sociale et compétitivité.
Ainsi, le débat ne doit plus se résumer à « moins d’État » ou « plus d’État », mais à identifier quelles règles et quelles solidarités créent le meilleur environnement pour innover, investir et partager durablement la valeur.
On le voit, l’enjeu n’est pas de choisir entre marché et État, mais d’inventer un alliage solide entre liberté économique et contrôle public, garantissant à la fois efficacité, justice et durabilité. Comment faire et par où commencer ? Réponse le 28 août lors de la plénière « Réguler ou libérer ? ». [...]
23 juillet 2025#LaREF25La Librairie de la REF 2025 : les grandes plumes au rendez-vous
À Roland-Garros, la Librairie de la REF devient un haut lieu de rencontre entre les idées et le public. Pendant deux jours, ce sont plus de 70 écrivains, essayistes et personnalités qui viendront présenter et dédicacer leurs ouvrages, au plus près des débats économiques et sociétaux.
Parmi eux, de véritables stars du monde littéraire. David Foenkinos, traduit dans plus de quarante langues, est l’auteur de best-sellers mondiaux comme La Délicatesse et Charlotte. Ses livres se sont vendus à plus de 6 millions d’exemplaires à travers le monde — un chiffre qui fait de lui l’un des écrivains français les plus lus. À ses côtés, Didier Van Cauwelaert, prix Goncourt, viendra à la rencontre des participants avec la force de son univers romanesque. On pourra également compter sur Murielle Magellan, dramaturge et romancière, ou encore Florence Belkacem, journaliste et essayiste. Et pour compléter ces grandes voix : Roselyne Bachelot, qui apportera sa verve et son expérience unique, Michelle Cotta, figure incontournable du journalisme politique, et Jean-Louis Ezine, essayiste reconnu.
Toutes ces rencontres littéraires seront orchestrées avec rigueur et passion par Sabiha Daoud, qui mène ce projet « de main de maître », avec la complicité de la librairie Valentin, garante de la qualité des échanges et de la sélection des ouvrages.
Programme officiel des signatures à la Librairie de la REF
Mercredi 27 août 2025
10h-12h Josiane Asmane, Benjamin Lemoine
11h-13h Roselyne Bachelot, Philippe Hourcade, Patrick Hourcade, Béatrice Noellec
11h-14h François Berheim, Boutayna Burkel, Anne-Claire Genthialon, Mathieu Niango, Philippe Spanghero, Natalie Maroun
11h-16h Jean-Marie de La Sablière
12h-15h Stéphane Jaulin, Stéphanie Hochet, Sylvianne Villaudière
13h-15h Joffrine Donnadieu, Nicolas Felger
14h-16h Christophe Général Abad
14h-17h Bernard Cohen-Hadad, Dominique Trinquand
15h-18h Mona Azzam, Florence de La Rivière, Régis de Laroullière, Philippe Lobjois, Marie-Sophie Moreau
15h-19h Christian Chesnot
16h-18h Florence Belkacem, Philippe Bordas, Anne-Cécile Robert
16h-19h Jean-Pierre Arbon
Attente horaire Bertrand Martinot, David Milliat
Jeudi 28 août 2025
10h-12h Stanislas de Quercize, Olivier Lascar, Garance Solveg
10h-11h Etienne Giros
11h-13h Pierre-Etienne Franc, Zineb Mekouar, Anaïs Voy-Gillis
11h-14h Nils Barrellon, Matthieu Boissavy, Yvan Roussin
11h-15h Jean-Louis Ezine
12h-14h Olivier Guez
13h-16h Thibaut Martinez-Delcayrou, Ulysse Thevenon
13h-17h Farid Alilat
14h-17h Philippe Charlier, Eric Delannoy, Françoise Dorner, Raphaël Homat, Claire Marchal, Didier Van Cauwelaert, Marie Vauban
15h-17h David Foenkinos, Eleonora Galasso
15h-18h Michelle Cotta, Murielle Magellan, Laurent Numez, David Zaoui
15h-19h Lucie Lebaz
16h-18h Marie Robert
16h-19h Bruno Corty
Une scène éditoriale à part entière
Pensée comme un prolongement des grands débats de la REF, la Librairie est un lieu d’échange direct, d’écoute active, de confrontation féconde. Les auteurs ne s’y contentent pas de signer : ils dialoguent, provoquent, transmettent. Et les lecteurs ne repartent pas seulement avec un livre dédicacé… mais avec une idée en plus. [...]
23 juillet 2025#LaREF25Vaincre la guerre
Depuis les origines de l’humanité, la guerre accompagne les relations entre les peuples et les nations. Pour certains, elle s’est toujours imposée comme un mode de résolution des conflits. Pour d’autres au contraire, il serait possible de construire des relations fondées sur la coopération, le droit et la paix durable. Qui a tort, qui a raison ? Face aux conflits contemporains, peut-on véritablement espérer « vaincre la guerre » ? Faut-il privilégier la voie diplomatique et la négociation ou la dissuasion militaire est‑elle incontournable ? Comment gérer les divergences profondes entre pacifistes convaincus et partisans du réalisme politique ? Les décisions prises aujourd’hui détermineront‑elles réellement la possibilité d’une paix mondiale durable ?
Dans ce débat, la refonte en cours de l’architecture de sécurité euro‑atlantique, marquée par l’adhésion de la Finlande puis de la Suède à l’OTAN, redonne une actualité brûlante à la question de la défense européenne. Cela lui impose de renforcer sa propre base industrielle et technologique de défense (BITD) afin de peser davantage dans la répartition des charges transatlantiques.
La guerre : une fatalité ?
Pour Homère, « la guerre était un mal nécessaire ». Domaine fondamental de l’investigation philosophique, elle permet d’interroger la nature de l’homme, la dynamique de l’histoire et les relations entre les êtres humains. Comme chaque État est souverain, ce que Hobbes appelait « l’anarchie du système international » crée de ce fait une insécurité permanente et favorise les conflits. Les États poursuivant des intérêts divergents – économiques, territoriaux, idéologiques – la compétition est inévitable et peut dégénérer en guerre. Les tensions entre les États‑Unis et la Chine, entre l’Ukraine et la Russie, entre Israël et l’Iran l’illustrent parfaitement. Très souvent, la force prime sur le droit. Pour Voltaire, « la guerre, c’est la routine. L’humanité, pour l’instant, n’a jamais connu la paix ; seulement des entre‑deux‑guerres ». Une opinion partagée par Raymond Aron pour qui « l’histoire enseigne que la paix entre les nations est l’exception, la guerre la règle ».
Pourtant, après les horreurs des deux conflits mondiaux, des institutions comme la Société des Nations (1919), puis l’ONU (1945) ont été créées pour tenter de réguler les conflits. Le droit international, les tribunaux comme la Cour pénale internationale, les conventions sur les droits de l’homme cherchent eux aussi à empêcher la guerre ou à en limiter les excès. Des zones de paix durables ont été construites. Par exemple, l’Europe jadis ravagée par la guerre a connu depuis 1945 une ère de paix inégalée. Mais l’agression de l’Ukraine en 2022 a rappelé que cette paix reposait sur un équilibre stratégique ; d’où la décision de l’UE de doter, pour la première fois, un pays tiers d’armes létales via la Facilité européenne pour la paix et de créer un état‑major de l’UE chargé de former les soldats ukrainiens. En outre, la mondialisation économique a accru l’interdépendance entre les nations et déclencher une guerre coûte désormais plus cher que de coopérer. Il y a aujourd’hui moins de guerre, mais toujours des guerres, et si l’Europe, jusqu’au déclenchement du conflit russo‑ukrainien, a plutôt été épargnée, ce n’est pas le cas d’autres régions du monde, Afrique et Moyen‑Orient en tête. Alors, la guerre est‑elle inévitable ? Pour John Fitzgerald Kennedy, « l’humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l’humanité ». L’avenir lui donnera‑t‑il raison ou la paix reste‑elle un rêve inaccessible ?
Privilégier la voie diplomatique
Pour tenter de vaincre la guerre, faut‑il privilégier la voie diplomatique et la négociation pour résoudre durablement les tensions inhérentes aux relations internationales ? Si la négociation apparaît comme une alternative pacifique à la violence, on peut se demander si elle est toujours efficace ? La diplomatie permet d’instaurer le dialogue et joue un rôle de médiation, comme l’a montré l’action de l’ONU dans de nombreux conflits. Elle permet des solutions durables fondées sur le compromis et évite les coûts humains et économiques des conflits. Comme le disait Winston Churchill, « mieux vaut jaw‑jaw que war‑war ». Cependant, la diplomatie a ses limites et ne peut aboutir que si l’ensemble des parties concernées y voient un intérêt. Ce qui est loin d’être toujours le cas. Les enjeux de pouvoir peuvent bloquer le processus et elle peut apparaître comme de la faiblesse… on se souvient des accords de Munich ! Pour fonctionner, la diplomatie doit obligatoirement être soutenue par un rapport de force crédible et souvent s’accompagner de fermeté. C’est tout le sens du « pilier européen dans l’OTAN » : sans autonomie stratégique, la diplomatie européenne risque l’impuissance.
Quid de la dissuasion militaire ?
Pour prévenir les conflits, les États disposent d’une autre carte : la dissuasion militaire, qui occupe une place centrale dans les stratégies de défense. Généralement associée à l’arme nucléaire, elle repose sur un principe simple : « si tu attaques, tu seras puni ». Mais peut‑on considérer la dissuasion comme nécessaire à la paix ou représente‑t‑elle une menace permanente et une impasse morale ? La dissuasion repose sur la crainte de représailles ; c’est ainsi que depuis 1945, aucune guerre directe n’a opposé deux puissances nucléaires, car la certitude de destructions mutuelles dissuade tout affrontement. Raymond Aron parlait « d’équilibre de la terreur ». En France, par exemple, le général de Gaulle insistait sur la nécessité de disposer d’une capacité de riposte nationale pour ne pas être dépendant des décisions d’autrui. Aujourd’hui, Paris présente cette force comme « l’ultime garantie » non seulement de sa souveraineté mais, de plus en plus ouvertement, de la sécurité du continent, tandis que Londres remet à niveau son propre arsenal.
Toutefois, la dissuasion a des limites et soulève des questions éthiques, en ce qu’elle repose sur une menace d’anéantissement, de « vitrification » pour parler comme les militaires. Cela contredit les idéaux défendus par le droit international et l’efficacité de la dissuasion suppose aussi que l’adversaire soit rationnel et sensible à la menace. Elle conduit en outre de plus en plus d’États à chercher à se doter de l’arme nucléaire ; la Corée du Nord et l’Iran en sont les exemples les plus probants, avec toutes les dérives que cela peut entraîner. De ce fait, pour Bruno Tertrais, conseiller géopolitique à l’Institut Montaigne, « la dissuasion nucléaire est un mal nécessaire, mais provisoire ». Si les règles générales de la dissuasion nucléaire, telles qu’elles ont été forgées au temps de la guerre froide, fonctionnent encore et expliquent en grande partie l’absence de conflits majeurs entre grandes puissances depuis 1945, à long terme fonder la paix sur la menace ne saurait suffire. Il est donc essentiel de compléter la dissuasion par des politiques de coopération, de prévention et de désarmement, afin que la sécurité repose non sur la peur, mais sur la confiance. L’idéal kantien d’une paix fondée sur le droit et la démocratie doit rester une alternative à long terme. Qui plus est, les armes nucléaires coûtent très cher. La remarque du Président du Pakistan, Zulfikar Ali Bhutto, qui lança un programme de recherche nucléaire en 1974, en dit long : « notre peuple aura sa bombe, même s’il lui faut manger de l’herbe pour la financer ». À l’heure où la majorité des États cherche à réduire la dépense publique, c’est aussi un argument à prendre en compte.
Or la montée en puissance de la menace oblige l’Europe à investir massivement. Une véritable politique industrielle de défense européenne est en train de se dessiner : reconstituer des stocks de munitions, sécuriser les chaînes d’approvisionnement en composants critiques (poudre, micro‑électronique, titane), mutualiser la R&D sur les drones et l’IA de combat. La souveraineté numérique trouve ici un débouché concret : sans maîtrise des technologies duales – cloud de confiance, cybersécurité, traitement massif des données – aucune armée européenne ne pourra rester crédible.
La paix universelle : idéal irréaliste ou objectif atteignable ?
Alors, peut‑on encore considérer la paix universelle comme un objectif atteignable ou n’est‑ce qu’un mythe ? Alors que les guerres accompagnent depuis toujours l’histoire humaine, depuis les Lumières et même avant, penseurs et philosophes s’interrogent sur la possibilité d’une paix universelle. Du Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe de l’abbé de Saint‑Pierre en 1713, au Vers la paix perpétuelle (Zum Ewigen Frieden) de Kant en 1795, la réflexion a pris de multiples formes et entretient des rapports étroits avec le fédéralisme. Des idées reprises par Montesquieu et Rousseau et qui continuent de faire leur chemin aujourd’hui auprès de ceux pour qui « la fédération est le seul moyen par lequel l’humanité peut surmonter l’état de guerre entre les sociétés humaines ». Les plus optimistes, ou les plus utopistes, vont jusqu’à rêver de la formation d’un gouvernement universel, régnant sur toutes les nations avec puissance et justice. Au vu de l’état actuel du monde, cela semble toutefois un objectif inatteignable ! Pour autant, cet idéal de paix universelle conserve une force mobilisatrice essentielle : il inspire les efforts diplomatiques et les institutions internationales, même si l’ONU a montré ses limites. Pour le politologue Bertrand Badie, un autre argument plaide en faveur de la paix : « la guerre ne produit plus de victoire, elle coûte de plus en plus cher et devient de moins en moins utile. Les rares victoires militaires depuis 1945 n’ont jamais abouti à des victoires politiques ».
Idéaux pacifistes vs réalités géopolitiques
Dans un monde marqué par les tensions internationales, deux visions s’affrontent donc dans la manière de penser la paix et la guerre. D’un côté, les pacifistes prônent la non‑violence, le dialogue et le désarmement. De l’autre, le réalisme géopolitique postule que les relations internationales sont dominées par la lutte pour la puissance et que la force reste nécessaire. Comment arbitrer entre ces deux visions ?
Des figures historiques comme Gandhi, Martin Luther King ou Nelson Mandela ont démontré que la non‑violence peut être un outil puissant de changement et que le pacifisme peut fédérer les sociétés civiles et pousser les États à adopter des positions plus morales. Mais les réalités géopolitiques rappellent avec force les limites de l’idéal pacifiste. Face à Vladimir Poutine, par exemple, peut‑on rester pacifiste ? Depuis que la guerre est de retour sur le sol européen, parler de paix semble en effet de plus en plus inaudible. « Les pacifistes sont à l’ouest, les missiles sont à l’est », disait déjà François Mitterrand. Aujourd’hui, le monde entier augmente ses budgets militaires sans contestation. Les chiffres publiés par l’Institut SIPRI de Stockholm montrent, sans surprise, que 2022 a battu tous les records de dépenses militaires dans le monde et ces derniers mois, Allemagne, Pologne, Japon, Chine, etc. ont annoncé augmenter très sensiblement leurs dépenses militaires. L’objectif OTAN de 2 % du PIB est désormais considéré comme un plancher ; Washington pousse même les Alliés à viser 2,5 %. Pour l’industrie européenne, c’est une opportunité historique : relancer des chaînes de production, attirer des compétences rares et consolider un marché intérieur souvent fragmenté. Plus que jamais, l’adage romain « si vis pacem, para bellum » prend toute sa signification et la guerre apparaît même à beaucoup comme un mal nécessaire.
Alors vivra‑t‑on demain un monde de paix ? Réponse le 28 août prochain lors de la plénière « Vaincre la guerre ». [...]
23 juillet 2025#LaREF25Réindustrialisation : un enjeu de survie ?
Il fut un temps, pas si lointain, où l’industrie était le cœur économique de notre pays. Où nos usines étaient notre fierté et notre force. Mais les temps ont changé et depuis plusieurs décennies, la France – comme de nombreux pays européens – a laissé son tissu industriel se déliter. Délocalisations, fermetures d’usines, perte de compétences : la désindustrialisation a laissé des territoires à l’abandon et entraîné une dépendance accrue aux importations. Face à cela, la réindustrialisation semble être devenue une nécessité absolue pour assurer notre survie économique, notre compétitivité et notre capacité à former une main‑d’œuvre qualifiée. Pour certains, elle est essentielle pour restaurer la souveraineté nationale et créer des emplois durables. D’autres, en revanche, y voient une stratégie coûteuse, dépassée à l’ère de la mondialisation numérique. Quels choix décisifs doivent être faits entre relocalisation industrielle performante, transition écologique et compétitivité internationale ? Peut‑on réellement concilier réindustrialisation et impératifs environnementaux ? Enfin, comment les décideurs politiques doivent‑ils arbitrer entre plusieurs visions divergentes pour garantir l’avenir économique ?
Une nécessité absolue
Après la crise du Covid et les tensions géopolitiques majeures qui marquent la scène internationale, la réindustrialisation est devenue un enjeu de survie. Survie économique pour ne plus dépendre de l’étranger pour les biens essentiels, au moindre soubresaut de l’histoire. Survie sociale pour créer des emplois, redynamiser nos villes et rouvrir des perspectives pour les plus jeunes. Survie stratégique pour retrouver une capacité d’action et peser dans le monde. Survie en matière de compétences, car relancer l’industrie suppose de former massivement aux métiers d’ingénierie, de production et de maintenance avancée. Réinventer l’industrie, c’est la rendre plus propre, plus économe en ressources, mais surtout plus productive et orientée vers la création de valeur ajoutée. La France semble l’avoir compris puisque depuis 2022, notre pays a enregistré plus de 450 ouvertures nettes de sites industriels. Selon l’Afnor, on compte aujourd’hui quelque 275 000 entreprises industrielles en France, qui emploient près de 3 millions de salariés, ce qui fait de notre pays la 8ᵉ puissance industrielle mondiale. En 2023, la part de l’industrie dans le PIB français était de 9,7 %.
L’industrie semble donc avoir fait son grand retour dans les priorités politiques. « Une nation qui n’a plus d’usines est une nation qui renonce à son destin », a ainsi déclaré Emmanuel Macron, pour qui la réindustrialisation est un chantier majeur.
Réindustrialiser apparaît comme une chance de construire une industrie nouvelle, plus compétitive, plus innovante, et de ne pas tourner le dos à l’avenir. Mais encore faut‑il reconstruire avec intelligence. Comme le souligne Olivier Lluansi, ancien délégué interministériel, « on ne réindustrialise pas pour réindustrialiser. On fait de l’industrie pour répondre à un projet de société ».
Quels choix décisifs ?
Première erreur à ne pas commettre : confondre réindustrialisation et relocalisation. Il ne s’agit pas de reconstruire les usines d’hier en relocalisant des secteurs obsolètes ou polluants. Relocaliser en France les usines expédiées en Europe de l’Est ou en Asie dans les années 1980 et 1990 n’aurait guère de sens, tant les processus de fabrication ont changé. La réindustrialisation doit être sélective, stratégique. Attention aussi à ne pas sombrer dans un protectionnisme naïf : aujourd’hui, il s’agit avant tout de jouer européen.
Les idées ne manquent pas pour redresser la barre : miser sur les PME et les ETI ; mieux flécher l’épargne individuelle vers l’industrie, à l’instar de ce que font les Allemands ; mobiliser la commande publique ; investir dans des programmes de formation initiale et continue pour répondre aux 50 000 départs à la retraite annuels dans l’industrie ; miser sur la qualité autour notamment du label Origine France Garantie ; s’appuyer sur les régions et les territoires pour construire des maillages de fournisseurs locaux ; s’engager plus avant en matière de normalisation ; intégrer l’écoconception dès la production lorsqu’elle améliore la productivité ; et surtout éviter de se battre à armes inégales sur la scène internationale en menant une politique commerciale offensive et défensive. Les blocages actuels sont connus : insuffisance d’innovation dans les technologies avancées, décrochage de la productivité, coûts de l’énergie élevés, perte de souveraineté sur des approvisionnements stratégiques, marché fragmenté et financements insuffisants. La montée en compétence des salariés et la revalorisation de la filière industrielle dans les cursus scolaires sont donc des leviers prioritaires pour lever ces freins.
Concilier réindustrialisation et impératifs environnementaux ?
Il s’agit de trouver un équilibre entre décarbonation et maintien de lacompétitivité. La loi Industrie verte, promulguée en octobre 2023, fixe un cap : financer l’industrie verte, faciliter les implantations industrielles, réhabiliter les friches et verdir la commande publique. En France, l’industrie consomme 20 % de l’énergie finale et reste le 3ᵉ émetteur de gaz à effet de serre. Le défi consiste moins à multiplier les normes qu’à encourager l’investissement productif et la montée en gamme, seule garantie d’une baisse durable des émissions par unité de valeur produite.
Et ne pas oublier la simplification… et la formation !
Une réindustrialisation réussie doit intégrer des processus de simplification pour moderniser la production. Réduire les étapes de fabrication grâce à l’automatisation, standardiser, adopter l’approche « lean » : autant de leviers pour améliorer la productivité. Une simplification administrative et réglementaire est également indispensable, notamment pour les PME : guichets uniques, plateformes numériques, dispositifs d’aide publique clairs.
Garantir l’avenir économique
Pour réussir la réindustrialisation, les décideurs politiques vont devoir arbitrer entre des visions divergentes : souveraineté industrielle, transition environnementale, compétitivité internationale. La clé sera de hiérarchiser les priorités : d’abord la performance économique — investissement productif, exportations, formation — puis l’écologie comme facteur d’optimisation des coûts et d’innovation plutôt que comme contrainte isolée.
Le désir d’industries est revenu en France et, après une grande vague de désindustrialisation, de nombreuses usines rouvrent. Reste à transformer l’essai : financer l’innovation, former 200 000 professionnels supplémentaires d’ici 2030, et sécuriser des chaînes de valeur à haute valeur ajoutée. La France dispose d’atouts solides : position centrale, infrastructures performantes, haut potentiel d’innovation, attractivité industrielle européenne… Comme le dit Louis Gallois, « il va falloir rompre avec de vieux blocages, repenser l’allocation de nos ressources, et surtout, choisir le modèle que nous voulons bâtir pour les décennies à venir ». Réponse le 28 août matin lors de la plénière « Réindustrialisation : un enjeu de survie ? » [...]
9 juillet 2025#LaREF25Qui va gagner le match des datas ?
La donnée est devenue le pétrole du XXIe siècle. Elle irrigue tous les secteurs, redéfinit les chaînes de valeur, bouscule les souverainetés, crée des dépendances, mais aussi des opportunités immenses. Santé, agriculture, finance, énergie, mobilité, culture : aucun domaine n’échappe à sa révolution. Mais qui dominera cette nouvelle ère ? Qui va gagner le match des datas ?
Un affrontement à plusieurs vitesses
Le match se joue à la fois sur le plan technologique, économique, juridique et géopolitique. Sur le front technologique, les géants américains (Amazon Web Services, Google Cloud, Microsoft Azure) contrôlent plus de 70 % du marché mondial du cloud. Ces plateformes n’hébergent pas seulement des données : elles conditionnent les algorithmes, les usages, les coûts. Par exemple, Netflix a totalement construit sa chaîne de valeur sur Amazon Web Services. Tesla, elle, optimise ses performances en temps réel à partir des données collectées par ses véhicules et traitées en propre.
En Chine, le pouvoir central a structuré l’économie numérique autour d’acteurs comme Alibaba, Baidu ou Huawei, avec un accès privilégié à des données de centaines de millions d’usagers, dans une logique de puissance étatique.
L’Europe, elle, reste technologiquement dépendante. L’initiative Gaia-X, censée structurer un cloud de confiance européen, peine à s’imposer face aux mastodontes mondiaux. Pourtant, certains acteurs résistent : OVHcloud en France ou T-Systems en Allemagne proposent des alternatives crédibles. Mais le chemin est encore long.
Réglementer ne suffit pas
Face à cette domination, l’Europe s’est dotée d’un arsenal juridique solide : RGPD, Data Governance Act, AI Act, Data Act. L’Union européenne veut incarner une voie éthique, centrée sur les droits des citoyens et la souveraineté numérique.
Comme le rappelait Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne entre 2019 et 2024 : « La technologie doit servir les gens, pas l’inverse. »
C’est une ambition noble. Mais elle ne peut être efficace sans contrepartie industrielle. Le risque est réel de devenir un continent qui régule, pendant que les autres innovent.
Prenons l’exemple de la santé. Le développement des médicaments repose désormais sur l’analyse massive de données génétiques, cliniques et comportementales. Les grands groupes américains comme Pfizer ou Moderna ont intégré dans leur R&D des technologies d’IA exploitant des volumes gigantesques de données mondiales. En France, le Health Data Hub devait permettre aux chercheurs d’accéder à ces données de manière encadrée. Mais les retards, les critiques sur l’hébergement initial chez Microsoft, et les lenteurs institutionnelles ont freiné son déploiement.
Autre exemple : dans l’industrie automobile, les constructeurs allemands ont compris qu’il ne suffisait plus de fabriquer des voitures, mais de contrôler la donnée embarquée. C’est pourquoi BMW ou Volkswagen développent leurs propres plateformes logicielles internes, face à la tentation de confier cette couche critique à d’autres.
Une souveraineté économique en jeu
« Tant que les PME européennes n’exploitent pas la donnée comme un actif stratégique, elles resteront dans une logique défensive. » souligne Gilles Babinet
En France, seules 16 % des PME utilisent des outils d’analyse de données avancés (selon l’INSEE). Trop souvent, la donnée est vue comme une contrainte réglementaire ou un coût, alors qu’elle peut être un levier d’efficacité, de différenciation et d’innovation.
Des initiatives existent : la plateforme Agdatahub mutualise les données agricoles entre coopératives, startups et instituts. France Identité, en phase pilote, vise à reprendre la main sur les données personnelles dans les services publics. Des secteurs comme la culture (via les données de fréquentation), l’énergie (via les smart grids) ou la finance (open banking) sont eux aussi en pleine transformation.
Mais ces efforts doivent changer d’échelle.
Le rôle décisif des entreprises
Les entreprises françaises doivent être actrices de leur souveraineté numérique. Cela suppose d’investir dans des infrastructures souveraines et sécurisées, de former les collaborateurs à la culture de la donnée, de créer des alliances sectorielles pour mutualiser les données non concurrentielles (ex : données sur la logistique, les flux d’énergie, les prix de matières premières) et de faire émerger une économie de la donnée responsable.
« Le match des datas, c’est d’abord un match d’ambition. » disait Stéphane Richard, ex-PDG d’Orange.
Conclusion : le match reste ouvert, mais il faut jouer.
Qui va gagner ? Ce n’est pas écrit. Mais si l’Europe ne veut pas être réduite à une zone d’exploitation de données au profit d’acteurs extra-européens, elle doit reprendre l’initiative.
Cela suppose une mobilisation collective : États, entreprises, chercheurs, citoyens. Il ne s’agit pas de rejeter l’ouverture ou l’innovation, mais de construire les conditions d’une confiance durable dans l’écosystème numérique. Rendez vous sur le terrain le 28 août matin. [...]
3 juillet 2025#LaREF25Terres rares, énergies nouvelles – piège ou promesse ?
La transition énergétique s’accélère. Solaire, éolien, hydrogène : le monde veut tourner la page des énergies fossiles. Mais pour fabriquer cette nouvelle promesse verte, il faut une autre matière première, invisible et stratégique : les terres rares. Le rêve d’une énergie propre repose sur ces 17 métaux aux noms exotiques — néodyme, dysprosium, cérium, yttrium — devenus les rouages silencieux de nos technologies vertes. Mais à mesure que leur demande explose, une autre réalité s’impose : celle d’une nouvelle dépendance, d’un nouveau coût, d’un nouveau risque.
La face cachée des technologies propres
On célèbre les vertus de l’éolien, de la voiture électrique, de l’hydrogène vert. Mais peu mesurent que cette révolution repose sur une chaîne d’approvisionnement fragile. Sans terres rares, pas d’électrolyseurs performants, pas de batteries, pas d’aimants puissants pour les éoliennes offshore. L’hydrogène, souvent présenté comme le Graal de la neutralité carbone, suppose-lui aussi une maîtrise fine de matériaux critiques pour produire, stocker et distribuer cette énergie. En clair, pas d’énergies nouvelles sans métaux critiques.
Et aujourd’hui, ces métaux viennent à 70 %… de Chine.
Une nouvelle dépendance stratégique
Depuis les années 90, Pékin a bâti une hégémonie implacable : mines, raffinage, exportations. En 2021, l’Union européenne dépendait à 98 % des terres rares chinoises. La promesse d’un modèle énergétique décarboné risque donc d’être géopolitiquement verrouillée. Or, dans un monde fragmenté, multipolaire, marqué par la montée des tensions commerciales et technologiques, cette dépendance est une vulnérabilité. Une faille dans l’armure de la souveraineté industrielle européenne.
Certes, les alternatives existent : ouverture de mines en Suède, relocalisation au Canada, diversification au Vietnam ou en Afrique. Mais rien ne se fait en moins de dix ans. Le recyclage ? Prometteur mais embryonnaire : à peine 1 % des terres rares sont réutilisées aujourd’hui. Les matériaux de substitution ? Encore loin de rivaliser en performance. La réalité est brute : la transition énergétique est encore terriblement dépendante d’un modèle linéaire, centralisé… et non maîtrisé.
Un paradoxe écologique
La transition est verte. Mais son socle est gris. L’extraction des terres rares pollue les eaux, dévaste les sols, intoxique les populations. À Baotou, en Mongolie intérieure, les boues toxiques issues des usines de raffinage ont transformé un lac artificiel en cimetière chimique. Comment accepter que l’énergie propre que nous vantons à Paris ou à Berlin soit bâtie sur un désastre écologique à l’autre bout du monde ?
Peut-on réellement prétendre sauver le climat en sacrifiant des territoires entiers ? Le coût environnemental — et humain — de cette nouvelle course au minerai est tout simplement incompatible avec les promesses éthiques de la transition.
Trancher, vite, et collectivement
Nous sommes face à une équation périlleuse : climatique, industrielle, géopolitique. Les États ne peuvent plus esquiver le choix. Soit ils investissent massivement dans la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement — extraction durable, recyclage, substitution, alliances stratégiques —, soit ils s’enferment dans une nouvelle forme de dépendance, plus silencieuse, mais tout aussi contraignante que celle du pétrole.
La question est simple : qui tiendra la clé des énergies nouvelles demain ? Ceux qui maîtrisent les technologies… ou ceux qui contrôlent les matériaux ? Une chose est certaine : sans stratégie, l’Europe sera spectatrice. Et sans coordination, elle sera divisée.
Comme pour l’énergie au XXe siècle, les métaux du XXIe siècle appellent une réponse collective. Faudra-t-il une nouvelle OPEP des terres rares ? Une gouvernance mondiale des ressources critiques ? Pourquoi pas. Mais le temps presse. Car sans vision claire, la promesse verte risque bien de se transformer en piège doré.
Une course qui impose un sursaut collectif
Car il y a urgence. Comme l’a rappelé le géologue Olivier Vidal, entre 2015 et 2050, l’humanité consommera autant de métaux qu’elle en a consommés depuis la Préhistoire. La question n’est plus de savoir si les terres rares seront un enjeu, mais comment nous allons les gérer. Sommes-nous prêts à déléguer notre souveraineté énergétique pour accélérer la transition ? À polluer ailleurs pour verdir ici ? À ignorer les déséquilibres géopolitiques pour tenir nos objectifs climatiques ?
Si la Chine a pris une longueur d’avance, rien n’est encore joué. Mais il faut faire vite. Imaginer des coopérations internationales inédites. Construire une économie circulaire des métaux critiques. Et replacer la durabilité au cœur de chaque étape de la chaîne.
La gestion des terres rares ne peut être un angle mort de la transition. Elle doit devenir un pilier de la coopération mondiale, faute de quoi la promesse d’un monde décarboné pourrait bien n’être qu’un mirage technologique. Réponse le 27 août lors du débat Terres rares, énergies nouvelles – piège ou promesse ? [...]
3 juillet 2025#LaREF25L’Europe, quoi qu’il en soit ?
Nous vivons aujourd’hui dans un monde en pleine recomposition. Un monde où la concurrence s’intensifie, où les rapports de force se redessinent, où États-Unis, Chine, Russie rivalisent pour imposer leur modèle et leurs valeurs. Dans ce contexte, l’Europe se trouve à la croisée des chemins, obligée de faire des choix décisifs pour préserver sa place sur la scène internationale. Mais à quelle place peut-elle vraiment prétendre ? Entre intégration plus poussée, indispensable face aux géants économiques mondiaux, ou retour aux souverainetés nationales, jugées mieux adaptées aux réalités locales, quelle stratégie adopter pour assurer compétitivité, innovation et cohésion sociale ? L’Europe peut-elle encore se permettre le « luxe de l’innocence stratégique » et rester figée dans l’attentisme ?
Un monde qui n’attendra pas
Longtemps considérée comme un îlot de stabilité, l’Europe est aujourd’hui confrontée à des défis multiples : économiques, technologiques, climatiques et sécuritaires, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui a brutalement rappelé à l’Europe la réalité de la guerre à ses frontières. Démographiquement vieillissante, militairement faible et dépendante, énergétiquement vulnérable, elle est aussi divisée politiquement et confrontée de plus en plus à la montée des populismes et des extrêmes.
Face à elle, les grandes puissances n’hésitent pas à affirmer leur influence. La Chine avance ses pions en Afrique, en Asie, en mer de Chine, dans le numérique et l’intelligence artificielle. Les États-Unis, hier alliés historiques, marquent aujourd’hui, avec le retour au pouvoir de Donald Trump, une réelle rupture, voire une hostilité envers le vieux continent sur le plan diplomatique et commercial. Ils se tournent résolument vers l’Asie et privilégient avant tout leurs intérêts. Pendant ce temps, la Russie poursuit ses assauts impérialistes et le « Sud global » revendiquant de plus en plus une nouvelle place dans les affaires du monde.
L’Europe ne manque pas d’atouts
Dans ce contexte difficile, faut-il pour autant céder au pessimisme ? L’Europe, premier marché économique mondial dispose toujours de nombreux atouts, au rang desquels ses standards juridiques, éthiques et environnementaux, qui font référence. Elle reste aussi le continent de la culture, de l’éducation et des libertés fondamentales.
Elle peut donc devenir une puissance d’équilibre, de dialogue, de transition écologique, à condition de croire en elle-même, de réaffirmer son unité, d’investir dans sa souveraineté et de réaffirmer fermement ses valeurs. C’est à l’Europe de décider si elle veut être « une puissance d’avenir, ou un souvenir d’unité passée ». C’est à l’Europe de choisir d’être une Europe puissance plutôt qu’une Europe suiveuse, divisée et marginalisée.
Il ne faut pas se voiler la face, le modèle européen actuel est à bout de souffle, comme l’a clairement montré le rapport de Mario Draghi. L’Europe ne pèse rien face aux GAFAM, est en retard sur l’IA, dépend du gaz étranger, des batteries asiatiques et des puces américaines, etc. Si elle veut rester une terre d’influence et ne pas devenir un terrain de jeux pour les autres puissances, elle ne peut se contenter de rester un « soft power », mais doit faire montre de courage politique, pour affirmer son autonomie stratégique, développer sa capacité militaire et renforcer son poids diplomatique en nouant de nouveaux partenariats. Pourquoi ne pas s’allier plus au Sud global pour résister à l’encerclement des États-Unis trumpistes et de l’axe Xi-Poutine ? L’Europe est déjà le premier fournisseur d’aide au développement des pays du Sud. Mais elle agit en ordre dispersé. Il faudrait désormais coordonner ces aides sous la houlette de l’Union pour ne pas laisser le champ libre à d’autres, Chine et Russie en tête.
Tout cela demande aux dirigeants européens de s’engager avec courage dans une réponse commune aux défis géopolitiques et de sortir de leur vision à court terme. Cela implique également de lutter contre l’euroscepticisme ambiant et de renforcer l’unité des 27 autour de stratégies cohérentes.
Concilier unité européenne et diversité des intérêts nationaux
Plus facile à dire qu’à faire ! Si certains pays plaident aujourd’hui pour une Europe plus intégrée, avec une politique étrangère, de défense et économique commune plus forte, d’autres, Hongrie en tête, remettent en question certains fondements de l’UE. Depuis ses origines, l’Union est bâtie sur un équilibre fragile : d’un côté, un besoin d’unité pour peser sur l’échiquier international et relever des défis communs, de l’autre une volonté des États de garder leur souveraineté et leur singularité. Afin de concilier les deux, l’Europe a mis en place plusieurs outils, comme le principe de subsidiarité par exemple ou des clauses d’exemption, mais au fil des élargissements successifs, les divergences se sont accentuées et les tensions économiques actuelles aggravent encore les choses. Les dissensions sont fortes sur les sujets centraux pour la vie européenne : politique agricole commune, politique industrielle et de concurrence, compétences de la Commission… et bien sûr politique de défense. Si l’’unité en matière de défense semble indispensable, elle se heurte en effet à la diversité des intérêts et des alliances historiques.
Pour régler ces problèmes de divisions faut-il aller comme certains le préconisent vers une Europe à géométrie variable avec une meilleure prise en compte des spécificités de chacun ?
Focus sur la défense
Depuis la guerre en Ukraine, l’idée d’une Europe de la défense revient au premier plan.
Les Européens ont compris qu’ils ne pouvaient plus dépendre entièrement des États-Unis via l’OTAN. Mais la mise en place d’une défense européenne se heurte à des divergences nationales fortes. Même si, avec l’élection de Friedrich Merz, l’Allemagne se rapproche de la France sur le sujet, les intérêts stratégiques restent très différents entre les 27. Les pays d’Europe de l’Est voient toujours l’OTAN et les États-Unis comme les seuls garants crédibles de leur sécurité et certains pays neutres restent réticents à toute militarisation européenne. Résultats : pas d’armée européenne unique, pas de stratégie militaire commune et des budgets de défense très inégaux. Malgré tout, des formes de coopération émergent, comme la création du Fonds européen de la défense, preuve qu’un compromis est possible : il ne s’agit pas d’imposer une armée européenne à tous, mais de construire une souveraineté partagée, qui respecte les sensibilités nationales tout en permettant à l’Europe de se défendre par elle-même dans un monde incertain.
A quand les Etats-Unis d’Europe ?
Dès 1849, Victor Hugo plaidait pour des « États-Unis d’Europe ». Mais aujourd’hui, l’idée semble bien lointaine. L’Europe apparaît plutôt comme « une vieille dame rouillée qui a mal à ses rhumatismes » et non plus comme le grand projet du siècle.
Le 9 septembre 2024, l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a remis à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, son rapport sur le « Futur de la compétitivité européenne ». Il propose un changement radical avec la mise en œuvre d’une véritable politique industrielle, capable de stimuler des « champions européens » y compris dans l’armement. Emmanuel Macron pour qui « il faut bâtir une Europe en capacité de montrer qu’elle n’est jamais le vassal des États-Unis d’Amérique », poursuit le même objectif.
Pour que L’Union européenne fonctionne, disait Jacques Delors, « il faut la compétition qui stimule, la solidarité qui unit et la coopération qui renforce ». L’Europe de demain saura-t-elle relever les défis auxquels elle est confrontée et se réveiller, pour se montrer à la hauteur de son histoire et de sa puissance et prouver que « l’Europe n’est ni un musée, ni un souvenir, mais une promesse » ? Réponse le 27 août lors de la plénière « L’Europe, quoi qu’il en soit ? » [...]
3 juillet 2025#LaREF25Qui peut ou veut encore verdir le monde ?
Dans un contexte mondial marqué par la crise climatique, l’effondrement de la biodiversité et la pollution, l’image d’un monde qui se dessèche devient tristement réelle. Face à cela, qui peut encore verdir le monde ? Qui détient le pouvoir – ou la responsabilité – de restaurer la planète, de lui redonner vie, équilibre et espérance ? Presque partout, les gouvernements imposent des politiques climatiques ambitieuses et contraignantes. Pourtant, selon les experts, elles conduiraient à une hausse des émissions de +9 % d’ici 2030, alors qu’une réduction de près de la moitié est nécessaire pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Confrontés à des impératifs économiques, des conflits géopolitiques ou des logiques court-termistes, les Etats se voient aussi parfois contraints de réviser leurs ambitions à la baisse. Face à cela, l’Union européenne intensifie ses exigences envers les entreprises. Cette pression réglementaire soulève une question cruciale : les entreprises doivent-elles être les seules à supporter le coût de la transition écologique ? Comment concilier ambition climatique, compétitivité économique et adhésion sociétale dans un contexte où les demi-mesures ne suffisent plus ?
La planète brûle
Le réchauffement est une réalité tangible et en marche rapide, personne ne peut plus le nier. N’en déplaise aux climatosceptiques, les chiffres sont là, implacables. Il ne reste plus que deux ans au budget carbone mondial pour atteindre l’objectif de 1,5 °C, ont averti les scientifiques. Pour l’atteindre, les émissions à partir de 2025 devraient être limitées à 80 milliards de tonnes de CO2, soit 80 % de moins qu’en 2020. Cela est tout bonnement impossible. Actuellement, le monde est sur la voie d’un réchauffement de 2,7 °C, ce qui serait vraiment catastrophique. Partout les phénomènes extrêmes sont en progression : vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses ; fonte rapide des glaciers avec en corollaire la montée des océans ; multiplication des tempêtes et ouragans ; et bien sûr déforestation et effondrement de la biodiversité. Face à cette situation alarmante, que faire, et est-il encore temps d’agir ? Car, comme le disait déjà Jean Giono, « protéger la nature, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité ». Mais qui doit agir ? Faut-il attendre des décisions politiques mondiales, compter sur les avancées technologiques, changer nos comportements individuels ? Quoi qu’il en soit, attendre n’est pas une option et chacun doit prendre ses responsabilités.
Que fait l’Europe ?
Troisième pollueur mondial derrière la Chine et les Etats-Unis, l’Europe est aussi le continent qui se réchauffe le plus rapidement. Cela explique, que depuis des années, l’Europe se préoccupe de la planète. La première stratégie d’adaptation de l’Union européenne a été publiée en 2013. L’objectif était de préparer l’Europe aux évolutions du climat dans une approche cohérente et coordonnée. En 2019, Ursula von der Leyen a ensuite présenté le Pacte vert, ou Green Deal, défini comme « la nouvelle stratégie de croissance » de l’UE destinée à réduire les émissions de gaz à effet de serre, « tout en créant des emplois et en améliorant notre qualité de vie ». L’objectif principal du Pacte vert est que l’Europe parvienne à la neutralité climatique à l’horizon 2050. Cœur battant de ce pacte, la loi européenne sur le climat, définitivement adoptée en juin 2021, a fixé l’objectif de neutralité climatique dans la législation européenne, de même que la cible intermédiaire d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030. Par ailleurs, adoptée par le Parlement européen en novembre 2022, la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est une nouvelle exigence de déclaration des entreprises conçue pour améliorer la qualité, la cohérence et la comparabilité des rapports sur la durabilité des entreprises opérant dans l’Union européenne (UE). Davantage d’entreprises, y compris les PME, seront à l’avenir tenues de communiquer des informations plus complètes et détaillées sur la durabilité.
Mais face aux évolutions sur la scène internationale, suite notamment à la guerre en Ukraine et à l’élection de Donald Trump, l’Europe, sous la pression des Etats et des entreprises soumises à une concurrence de plus en plus rude et à des prix de l’énergie en hausse, a été contrainte de revoir ses ambitions à la baisse. C’est ainsi qu’en février 2025, la Commission a présenté le successeur du Green Deal, le Pacte pour une industrie propre qui mobilisera plus de 100 milliards d’euros pour soutenir la fabrication de produits propres dans l’UE. Si « l’UE maintient ses objectifs du Pacte vert » comme l’affirme Stéphane Séjourné, force est de constater que certains textes ont déjà fait l’objet d’assouplissements et que d’autres pourraient suivre. Dans le même esprit, le 3 avril dernier, le Parlement européen a voté le report de deux ans de l’application de la CSRD pour les entreprises initialement concernées à partir de 2026. L’Union européenne cherche en fait un difficile équilibre entre compétitivité et ambitions climatiques et a décidé de laisser un peu plus d’air aux entreprises, au grand dam des ONG.
Les entreprises face au climat
Les entreprises doivent-elles être les seules à supporter le coût de la transition écologique ? Telle est la question. Bien sûr les entreprises polluent et en vertu du principe du pollueur-payeur, elles ont une responsabilité majeure dans la transition écologique. Elles sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à avoir pris conscience, quels que soient leur secteur d’activité ou leur taille, de la nécessité pour elles de réduire leur empreinte carbone et leurs émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, la Convention des entreprises pour le climat (CEC), lancée en 2020, vise à impliquer de plus en plus le monde économique dans la lutte contre le changement climatique en élaborant chaque année des plans d’action concrets pour réduire leur impact environnemental. Bien sûr, les entreprises disposent de ressources financières, techniques et humaines qui leur permettent d’investir dans la transition. Elles peuvent développer des innovations, améliorer l’efficacité énergétique, revoir leur chaîne d’approvisionnement ou encore produire de manière circulaire etc. Mais, si elles doivent incontestablement assumer une part importante du coût de la transition écologique, leur charge ne peut être exclusive. La complexité et l’ampleur des enjeux exigent une responsabilité partagée entre tous les acteurs. Les pouvoirs publics, les citoyens, les collectivités et les entreprises doivent agir de concert pour réussir cette transition, qui doit être un projet collectif, équitable et solidaire. La transformation des modes de consommation, le développement d’infrastructures durables, l’adoption de comportements responsables sont indispensables sans quoi, les efforts des entreprises risquent d’être vains ou limités. En outre, faire peser tout le coût sur les entreprises pourrait avoir des conséquences négatives : perte de compétitivité, délocalisations, fermetures, et chômage.
Concilier ambition climatique, compétitivité économique et adhésion sociétale
La mise en œuvre de mesures ambitieuses pour réduire les émissions peut entraîner des coûts importants pour les entreprises et avoir des impacts sociaux, qui peuvent alimenter la contestation. Les gilets jaunes en sont la preuve. Sans une juste répartition des coûts et des mesures d’accompagnement, la société peut rejeter les efforts demandés, créant un obstacle politique et social. La réussite des politiques climatiques dépend donc à la fois de l’engagement des citoyens, des entreprises et des collectivités. Des clés existent pour concilier ces trois dimensions : encourager l’innovation et la transition technologique, mettre en place des mécanismes économiques équitables, favoriser le dialogue en impliquant tous les acteurs, promouvoir l’éducation et la sensibilisation. Pour Rexecode, deux voies extrêmes seraient en tout cas sans issue : la recherche de la croissance économique à tout prix, et à l’inverse, la poursuite de trajectoires de décarbonation ne tenant pas suffisamment compte des attentes des Français en termes de progression du pouvoir d’achat et d’emploi. Le rapport Draghi, qui soutient l’ambition climatique de l’Europe, insiste d’ailleurs lui aussi sur les défis associés. Il préconise un équilibre pragmatique entre durabilité environnementale et réalités économiques et sociales.
La transition énergétique, pour nécessaire qu’elle soit, est parfois vue comme un fardeau, Malgré les engagements pris lors de l’Accord de Paris, le changement climatique perd du terrain dans les préoccupations des citoyens et des gouvernements. Entre crises économiques et politiques, il devient crucial de repenser les stratégies face à ce défi mondial majeur, « le plus importantauquel nous faisons face aujourd’hui » selon Ban Ki-Moon. Si la transition est inévitable, elle ne pourra réussir que si elle est perçue comme juste et cohérente. Alors qui peut et qui doit faire quoi pour éviter le pire ? Réponse le 27 août prochain lors du débat « Qui peut ou veut encore verdir le monde ? » [...]
3 juillet 2025#LaREF25Le libre-échange est mort, vive le libre-échange !
Depuis la fin de la guerre froide, rien ne semblait devoir s’opposer à la mondialisation des échanges commerciaux. Les annonces de Donald Trump lors du Liberation day, avec une nouvelle série de droits de douanes exorbitants, au nom d’America first, ont cependant fait l’effet d’une bombe à fragmentation sur l’ensemble des marchés mondiaux, générant angoisse et incertitude. Si, depuis, le président américain a temporisé, les marchés ne savent sur quel pied danser et les entreprises françaises et européennes se voient contraintes de repenser leur stratégie dans un monde où l’ouverture semble désormais l’exception et non plus la norme. Quel sera l’avenir du libre- échange ? Est-ce le début de la démondialisation et quel va être le prix à payer ?
Le libre-échange, une longue histoire
Le libre-échange, alors appelé mercantilisme, est une idée née dans le cerveau de quelques brillants esprits du Siècle des Lumières, qui ont établi un lien entre croissance du commerce international et croissance économique. Il convenait alors de favoriser le commerce international par tous les moyens possibles. Montesquieu y voyait même un gage de paix déclarant dans L’Esprit des Lois : « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes ».
Adam Smith théorisera ensuite ces idées dans ses « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations », un ouvrage considéré comme l’acte de baptême du libéralisme et du libre-échange. Pour lui, il semblait inutile d’ériger des barrières douanières, afin que « chaque pays se spécialise dans ce qu’il fait de mieux, pour le profit de tous ». Des idées enrichies ensuite par David Ricardo, Stuart Mill ou encore Paul Krugman.
Le libre-échange a pris son essor à la fin de la seconde guerre mondiale avec la mise en place du GATT et crée depuis de plus en plus d’interdépendance entre les pays, en dépit des soubresauts protectionnistes générés par les crises économiques.
Et Trump revient
Soutenues par l’OMC, le FMI et la Banque mondiale, les théories libre-échangistes ont façonné l’économie globalisée telle que nous la connaissons, avec réduction des barrières commerciales et répartition négociée des échanges au niveau international. Les décisions de la nouvelle administration Trump, adoptées sans concertation, sont venues bouleverser ce paradigme. Elles accélèrent l’affaiblissement du multilatéralisme et favorisent les négociations de puissance à puissance. Entre protectionnisme assumé, renégociations d’accords commerciaux et rhétorique nationaliste, le vocabulaire autour des échanges internationaux prend un tout nouveau sens.
Trump considère que les États-Unis sortent perdants du système de commerce international, car selon lui, « trop d’argent américain est dépensé pour les autres ». Et tant pis si, comme le pense la grande majorité des économistes, cela entraîne les Etats-Unis dans l’inflation et la récession, pour Trump, ce n’est qu’un mauvais moment à passer en attendant le retour de « l’âge d’or américain ».
Adepte du deal, le président américain a fait de la guerre commerciale un des outils de sa diplomatie pour faire plier ses partenaires, Chine et Union européenne en tête, et les amener à négocier, à l’avantage bien sûr des USA.
La Chine, nouveau champion du libre-échange
Avec un excédent commercial de 970 milliards d’euros en 2024 et des exportations en augmentation de 40 % au cours des cinq dernières années, la Chine est aujourd’hui le premier exportateur mondial et s’impose comme le champion du libre- échange, paradoxe s’il en est pour un pays communiste. Elle n’entend pas se laisser faire par Trump, rendant coup pour coup. Dévaluation du yuan, recherche de nouveaux partenaires, redynamisation de son marché intérieur, plusieurs armes s’offrent à l’Empire du Milieu pour organiser sa riposte. Rappelons par ailleurs que la Chine dirige, depuis 2022, le RCEP, qui est le plus grand accord de libre-échange du monde, qui vise à l’intégration économique de 15 pays de la zone Asie-Pacifique et qui bien sûr profitera surtout à la Chine en lui permettant d’accroître son influence dans la région. Quand on pense qu’il y a dix ans à peine, la Chine était l’épouvantail du commerce mondial accusé de dumping, d’entorses à la propriété intellectuelle et subventions massives à des entreprises d’Etat, que de chemin parcouru ! Aujourd’hui, elle se pose en sauveur de la mondialisation et le plan « Made in China 2025 » n’est plus seulement une quête d’autosuffisance technologique, mais « une plateforme pour séduire le monde avec une vision de commerce équitable ».
Et l’Union européenne dans tout cela ?
Si la Chine riposte, que fait l’Europe qui échange pourtant 1500 milliards d’euros avec les Etats-Unis, soit 30 % du commerce mondial ? Elle semble plongée dans l’attentisme, tout en criant son indignation et en promettant une riposte. La complexité légendaire de l’UE ne risque- t-elle pas de gravement lui nuire au bénéfice des deux autres grands ? Faut-il plier et négocier, riposter avec la Chine ou trouver une troisième voie, et si oui laquelle ?
Certes, la baisse du dollar, si elle se confirme, et la prévision de prix plus compétitifs sur les produits chinois peuvent rendre la pilule un peu moins amère, mais cela ne saurait suffire. Comment la politique commerciale européenne va-t-elle pouvoir se relever ? Une grande partie des chefs d’Etat et de Gouvernements européens défend « une réponse européenne commune ». Il s’agit non seulement de riposter à court terme pour protéger nos industries, mais aussi de repenser notre modèle économique pour ne plus dépendre des géants commerciaux, en particulier les GAFAM. L’Europe doit faire preuve de fermeté, mais aussi et surtout de vision.
L’impuissance de l’OMC
Puissant levier multilatéraliste, l’OMC, après la crise du Covid, la guerre en Ukraine et aujourd’hui la multiplication des réflexes protectionnistes et la désindustrialisation de l’Europe, ne cesse de voir son influence diminuer. Elle semble même à son tour en état de « mort cérébrale » et peine de plus en plus à défendre les grands principes du libre-échange. Spectatrice impuissante face au bras de fer entre Chine et Etats-Unis, elle n’a désormais d’autre choix que de se réinventer pour ne pas mourir.
Résilience ou démondialisation ?
Face à tous ces bouleversements, de plus en plus d’acteurs politiques et économiques s’inquiètent d’une possible fin de la mondialisation néolibérale. Va-t-elle in fine laisser place à la démondialisation ?
Les discours démondialistes visent à encourager le protectionnisme et le contrôle des capitaux par les Etats, à quoi s’ajoute aujourd’hui une opposition à la libre circulation des personnes. Les partisans de la démondialisation mettent en avant la croissance des inégalités socio-économiques, due à la mondialisation, et le souci de mieux préserver la planète pour se justifier. Mais le libre-échange est-il vraiment condamné ? En dépit des sursauts protectionnistes et populistes un peu partout dans le monde, nous n’avons pas assisté jusqu’ici à une remise en cause effective et globale des processus de mondialisation. Le commerce international ne décroit pas, ce qui témoigne de sa résilience face aux crises. Selon plusieurs chercheurs, on assiste simplement à un phénomène de « stagnating globalization ». Les différences de coûts de main d’œuvre se maintiennent et les coûts de transports diminuent, ce qui continue de justifier l’internationalisation de la chaine de production.
Débattus depuis plus de vingt ans, les discours démondialistes n’ont donc pas encore mené au fléchissement du commerce international. La mondialisation économique évolue mais ne disparait pas. Même si le monde semble se régionaliser, les échanges intercontinentaux restent importants et il semble encore trop tôt pour affirmer la naissance de blocs économiques déconnectés. Mais qu’en sera-t-il demain face à la multiplication de mesures protectionnistes et de renonciation d’accords commerciaux en cours de discussion. Sommes-nous vraiment face à un risque réel de retour en arrière en matière de libre-échange ? Sous la pression des tensions sino-américaines, assiste-t-on au retour des idées de John Maynard Keynes, qui en 1933 insistait sur la nécessité d’une autosuffisance nationale ? Comment les entreprises françaises et européennes vont-elles pouvoir s’adapter ? Réponse le 27 août après-midi lors de la plénière « Le libre-échange est mort, vive le libre-échange ! » [...]































